« Je le redis, le bilan de la journée du 17 octobre est un échec », a déclaré ce 3 novembre le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dans son propos liminaire devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée à la gestion de cette journée, marquée par des scènes de violences et de pillages à travers le pays.
« À partir du moment où la sécurité de bâtiments publics et de commerces n’a pu être assurée et que, dans le même temps, les forces de sécurité intérieure ont été confrontées à une violence inouïe », a-t-il étayé, en lisant sa feuille, avant d’ajouter : « Mais soyons clairs : l’échec constaté ne présume pas en soi d’une faute des services de l’État. » « Pour prendre un parallèle, un attentat est toujours un échec ; cela ne veut pas dire qu’il était imputable à un manquement des services de renseignement », a-t-il enfoncé le clou.
« Il y a des passages à l’acte violents qui sont objectivement indétectables, ou qui le sont très difficilement », s’est notamment défendu cet ancien patron de la DGSI, qui, un peu plus tôt, assurait n’avoir « jamais eu et n’avoir aucune difficulté à prendre [s]es responsabilités », avant de renvoyer à sa démission, qu’il avait présentée à Emmanuel Macron. « Je crois que c’est assez rare pour être souligné », s’est-il enorgueilli.
Celui-ci était notamment interrogé sur le travail de renseignement en amont de cette journée de mobilisation nationale contre la vie chère, notamment sur l’écart entre le nombre de manifestants attendus et celui constaté par la place Beauvau.
« Un chiffre prévisionnel — plus proche de la réalité — n’aurait pas permis en soi d’éviter les débordements constatés », a-t-il balayé. Même défense adoptée concernant le « dimensionnement » du dispositif d’ordre public le 17 octobre : « Un dispositif policier plus étoffé en volume d’effectifs déployés n’aurait sans doute pas permis, à lui seul, d’empêcher les incidents constatés », a affirmé le ministre.
Près de 3 000 commerces vandalisés ou pillé
« J’assume de ne pas avoir rappelé sur leurs congés des effectifs de police et de gendarmerie qui se trouvaient à ce moment-là déjà très éprouvés par de longues et intenses semaines de mobilisation sur le mouvement des lycéens, durant lequel ils ont d’ailleurs été largement scrutés et la proportionnalité de leur réponse mise en cause », a-t-il par ailleurs déclaré au cours de son intervention.
Un propos liminaire qu’il a ponctué en pointant du doigt « la mouvance d’ultra gauche et l’extrême gauche radicale », qui, selon lui, « détient la responsabilité première et principale des violences observées », de par « ses nombreux appels documentés à faire dégénérer la mobilisation ». Le ministre de l’Intérieur en a également profité pour lancer un tacle à ses prédécesseurs, quant au « détricotage » du maillage territorial des renseignements « à partir de 2008, avec le démantèlement préjudiciable des RG », dont aurait hérité la Macronie en 2017, et « que nous avons réparé significativement depuis ».
Selon les chiffres du gouvernement, lors de la journée du 17 octobre, ainsi que de celle du 18, qui avait également été marquée par de nouvelles violences — notamment à Paris —, près de 3 000 commerces avaient été vandalisés et pillés en marge de la première journée de mobilisation nationale contre la vie chère. Des scènes de chaos, dans plusieurs centres-villes à travers la France, avaient fait le tour du monde, avec notamment, dans la soirée, l’incendie qui avait ravagé la mairie de Limoges.