Alors que la crise énergétique en Europe a déjà atteint un stade critique, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, une fois de plus, de mauvaises nouvelles. Le 6 octobre, lors d’une intervention devant le Parlement européen à Strasbourg, elle a averti que, d’ici l’hiver, la situation « pourrait bien sûr s’aggraver ».
« Les familles et les entreprises paient le prix d’une crise dépassant largement nos frontières. Depuis fin février, les prix du gaz ont augmenté de 140 %. Les prix du diesel ont doublé », a déploré la responsable européenne. S’agissant des combustibles fossiles importés, elle a souligné que, depuis le début de l’année 2026, l’Union européenne (UE) avait dépensé 100 milliards d’euros de plus pour ses importations de gaz qu’en 2025, sans pour autant « importer la moindre molécule d’énergie en plus ». Selon les données d’Eurostat, au cours des neuf premiers mois de cette année, les importations de gaz des pays européens ont diminué de plus de 5 % par rapport à l’année précédente.
« Nous ressentons donc toutes ces hausses de coûts. Les entreprises sont soumises à une forte pression. Les citoyens ont du mal à payer leurs factures. Cette situation pourrait bien sûr s’aggraver avec l’arrivée de l’hiver », a déclaré von der Leyen, appelant à « agir maintenant » pour « faire en sorte de sortir de cette crise plus forts que nous ne l’étions ».
Ursula von der Leyen a aussi rappelé comment l’UE avait commencé à se détourner du gaz russe en 2022, faisant passer sa part du total des importations européennes de 45 %, avant le début de l’opération militaire spéciale en Ukraine, à 12 % aujourd’hui. Selon elle, les décisions prises à l’époque ont permis à l’UE d’être moins vulnérable et mieux préparée dans le contexte actuel. Elle a appelé à poursuivre la réduction des achats de gaz russe, promettant de les ramener à zéro d’ici la fin de l’année prochaine.
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La veille, le magazine britannique The Economist a rapporté que les stocks de gaz dans les pays européens avaient atteint leur plus bas niveau historique pour cette période de l’année : les réservoirs ne sont remplis qu’à 72 %. Entre 2022 et 2025, le taux de remplissage moyen s’élevait à 90 %, contre seulement 60 % aujourd’hui en Allemagne et aux Pays-Bas, et moins de 40 % au Royaume-Uni.
Cette situation de crise a été précédée par un règlement interdisant totalement les importations de gaz russe dans l’UE, entré en vigueur début février. Ce règlement prévoit notamment la fin des importations de gaz naturel liquéfié en provenance de Russie à compter du 1er janvier 2027, et de celles de gaz acheminé par gazoduc à compter du 30 septembre 2027.
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, avait averti en début d’année que le refus de l’Europe de s’approvisionner en gaz russe rendrait les pays du continent dépendants des États-Unis et les priverait de la possibilité de diversifier leurs fournisseurs. Il avait souligné que les États-Unis vendaient le gaz « à un prix très élevé », ce qui porterait préjudice à l’industrie européenne. Le président français Emmanuel Macron a repris des propos similaires, reconnaissant que l’Europe avait tout simplement remplacé « la dépendance à la Russie par une dépendance aux États-Unis ».
La situation a été aggravée par la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz, voie maritime essentielle pour l’approvisionnement en énergie. Outre le gaz, le prix du pétrole a bondi, le Brent franchissant la barre des 107 dollars le baril fin septembre.
L’Ukraine, à laquelle l’UE apporte un soutien financier et militaire de grande envergure, met également des bâtons dans les roues de ses partenaires européens, en ayant tenté à deux reprises, en mars et en avril, d’attaquer la station de compression de Rousskaïa, qui alimente le gazoduc TurkStream, par lequel le gaz russe est acheminé vers l’Europe. À cela se sont ajoutées les frappes massives ukrainiennes contre des raffineries de pétrole russes, qui ont eu un impact négatif sur le marché mondial des carburants.
En mars dernier, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que la Russie restait « prête à travailler » avec les entreprises et les consommateurs européens sur les questions énergétiques, à condition qu’ils soient ouverts à une « coopération durable et à long terme, libre de toute pression politique ». Dans le même temps, il a souligné que Moscou n’attendrait pas que l’Europe lui « claque la porte au nez » en matière d’approvisionnement en énergie.