Malgré les attaques contre les pétroliers et les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, les exportations de pétrole du Golfe ont retrouvé, puis dépassé, leur niveau d’avant la guerre contre l’Iran. Selon les données préliminaires de Kpler, les flux régionaux, hors Iran, ont dépassé en moyenne 24,5 millions de barils par jour durant la semaine achevée le 18 octobre, contre environ 24,4 millions durant la semaine précédant le déclenchement du conflit, fin février.
Ce rebond tient surtout à l’adaptation rapide des producteurs. L’Arabie saoudite a augmenté ses exportations via Yanbu, sur la mer Rouge, grâce à l’oléoduc Est-Ouest, tandis que les Émirats utilisent davantage leur liaison vers Fujairah, qui débouche directement sur le golfe d’Oman. Les transferts de pétrole de navire à navire se sont également multipliés au large d’Oman et des Émirats. Avant la guerre, environ 17 % du brut régional évitait Ormuz ; cette proportion avoisine désormais 40 %.
Loin d'un retour à la normale
Le détroit reste pourtant loin d’un retour complet à la normale. Les volumes qui y transitent demeurent inférieurs à ceux d’avant-guerre, tandis que les attaques contre les navires se poursuivent. Mais le recours aux convois protégés, aux itinéraires alternatifs et aux transferts en mer a permis de compenser une grande partie des pertes.
Cette résilience a cependant un coût. Les primes d’assurance et les tarifs des pétroliers restent très élevés, ce qui renchérit fortement l’acheminement du brut vers l’Asie. Saudi Aramco et ADNOC ont même dû adapter leurs conditions commerciales pour maintenir l’intérêt des raffineurs asiatiques.
L’Iran constitue l’exception majeure : ses exportations restent pratiquement à l’arrêt sous l’effet du blocus américain. Le paradoxe est donc saisissant : malgré une guerre toujours active et un Ormuz sous tension, les autres producteurs du Golfe parviennent désormais à exporter davantage de pétrole qu’avant le conflit.