De Pretoria à Alger : l’Afrique réagit aux bombardements israélo-américains contre l’Iran
© ullstein bild Source: Gettyimages.ruLes capitales africaines ont réagi aux bombardements israélo-américains contre l’Iran et aux ripostes de Téhéran. Nombreuses et parfois divergentes, les voix africaines avaient en commun une certaine inquiétude face à une escalade inédite qui pourrait avoir des répercussions sur le continent.
Les réactions africaines face à l’escalade au Moyen-Orient et à l’opération militaire conjointe israélo-américaine contre l’Iran ne se sont pas fait attendre dès les premières heures de l’attaque du 28 février et après l’annonce de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué par un bombardement de son bureau à Téhéran.
Pour sa part, l’Iran a répliqué par des tirs de missiles balistiques et de drones contre Israël et des bases militaires américaines dans les monarchies du Golfe. Face à cette situation, les réactions de plusieurs capitales africaines ont reflété une certaine inquiétude, mais la plupart ont appelé à un cessez-le-feu.
CEDEAO et Union africaine : profonde préoccupation et appel à la désescalade
La CEDEAO a alerté sur les risques de déstabilisation durable du Moyen-Orient, mettant en garde contre les répercussions internationales de la crise qui pourraient impacter directement les marchés mondiaux de l’énergie, le commerce international ainsi que les chaînes d’approvisionnement agricoles et alimentaires, dont dépendent fortement plusieurs pays africains. Elle a appelé à la retenue et au respect de la Charte onusienne, plaidant pour une désescalade rapide.
Pour sa part, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé son inquiétude par voie de communiqué, appelant à une désescalade urgente et à un dialogue soutenu entre les parties. L’Union africaine a appelé à instaurer une paix durable grâce à la voie diplomatique, insistant sur un engagement multilatéral renforcé. Elle a par ailleurs loué les efforts du sultanat d’Oman pour rouvrir des canaux de communication et prévenir l’extension du conflit à d’autres pays du Golfe.
Sénégal : Sonko dénonce un « retour à l’état de nature »
Ousmane Sonko a critiqué l’opération conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qu’il a qualifiée explicitement de « guerre » au Moyen-Orient. Le chef du gouvernement sénégalais a évoqué le risque d’une extension du conflit, estimant que l’échange de frappes pourrait enclencher une chaîne de réactions et de de ramifications impliquant d’autres acteurs qui pourraient s’engager dans le conflit.
Cette situation traduit, selon lui, un basculement mondial et une « situation de remplacement du contrat social mondial par un retour à l’état de nature ». Critiquant les États-Unis, Ousmane Sonko a fait référence à la « liquidation du droit international » dans la mesure où « un pays peut se donner le droit, à tout moment, de kidnapper des présidents, de s’attaquer à d’autres pays, d’asphyxier des pays pour annoncer en prendre possession pacifiquement plus tard ».
Afrique du Sud : prudence officielle, virulence partisane
Membre des BRICS avec l’Iran, l’Afrique du Sud a appelé toutes les parties à faire preuve « de la plus grande retenue » dans un communiqué du président Cyril Ramaphosa qui a exprimé sa « profonde inquiétude » face à l’escalade, rappelant que la notion de « frappe préventive » ne relève pas de la légitime défense en droit international — une critique implicite de l’argumentaire israélien.
Plus incisif, le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir en Afrique du Sud, a appelé à mettre fin aux « tactiques d’intimidation des États-Unis » et a réaffirmé son attachement au principe de non-agression entre nations souveraines. Le chef du parti a déclaré : « Notre position est de toujours désapprouver toute attaque contre un autre État, quelles qu’en soient les raisons ».
Le parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema, a été plus virulent, accusant la coalition américano-israélienne d’être « résolument déterminée à défendre les intérêts israéliens dans toute la région, quel qu’en soit le coût humain », que l’Iran « a le droit de se défendre » face à une agression caractérisée.
Le Nigeria appelle à la fin des hostilités, le Tchad présente ses condoléances
Le gouvernement d’Abuja a appelé toutes les parties à cesser le feu et à retourner à la table des négociations « pour le bien de la coexistence mondiale ».
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a présenté ses condoléances à l’Iran après la mort de l’Ayatollah Khamenei, tout en condamnant les frappes iraniennes contre les pays du Golfe, affirmant que N’Djamena ne saurait cautionner d’attaques contre des États frères, quelle qu’en soit l’origine.
Alger appelle à un cessez-le-feu immédiat, Rabat condamne la riposte iranienne
Le gouvernement algérien a appelé à un cessez-le-feu immédiat (à l’instar du Kenya et du Ghana), exhortant les parties au conflit à la « retenue » et au « sens des responsabilités » pour prévenir une escalade d'insécurité et d'instabilité pour l’ensemble de la région du Golfe.
Le Maroc, pour sa part, a condamné les frappes iraniennes contre des États arabes qu'il a qualifiées d'« abjectes ». Le Royaume, signataire des accords d’Abraham, n’a cependant pas fait part de sa position concernant les frappes israélo-américaines.