Nigeria : malgré la raffinerie géante de Dangote, les prix du carburant atteignent un niveau record

Nigeria : malgré la raffinerie géante de Dangote, les prix du carburant atteignent un niveau record© Sunday Alamba Source: AP
Un employé fait le plein d'une voiture dans une station-service de Lagos, le 23 mars 2026. [Photo d'illustration]
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La mise en service à pleine capacité de la raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique, n’a pas permis de freiner la flambée des prix de l’essence au Nigeria. Le pays, premier producteur de pétrole du continent, subit de plein fouet les perturbations mondiales de l’approvisionnement énergétique provoquées par la guerre au Moyen-Orient.

Les prix du carburant ont atteint des niveaux historiques au Nigeria, selon les données du secteur publiées le 30 mars, malgré l’entrée en régime complet de la raffinerie Dangote, conçue pour réduire la dépendance du pays aux importations de produits raffinés.

Avec une capacité de 650 000 barils par jour, cette infrastructure, la plus vaste du continent africain, devait transformer le Nigeria en grand exportateur de carburants raffinés après des décennies marquées par une capacité locale insuffisante et des pénuries récurrentes.

Mais cette ambition se heurte à une réalité économique complexe. Bien que le Nigeria soit le premier producteur de pétrole d’Afrique, une part importante de sa production — estimée à environ 1,5 million de barils par jour — est déjà engagée dans le remboursement de prêts adossés au pétrole et de contrats de pré-exportation conclus par la compagnie publique NNPC avec des majors pétrolières, des banques et des négociants internationaux. Selon les analystes, près de 400 000 barils par jour seraient ainsi absorbés par ces engagements financiers.

Une raffinerie dépendante du brut importé

David Bird, directeur général de la raffinerie Dangote, a indiqué à une télévision locale que l’entreprise ne parvient à obtenir qu’environ cinq cargaisons de brut par mois sur le marché local, alors qu’elle en nécessite entre 13 et 15 pour fonctionner à plein régime. Le reste doit être importé à des prix fortement renchéris par la guerre au Moyen-Orient.

La situation s’est aggravée depuis les attaques américano-israéliennes contre l’Iran, déclenchées à la fin du mois de février. La guerre a entraîné une perturbation majeure des flux énergétiques mondiaux, notamment à travers le détroit d'Ormuz, voie stratégique par laquelle transite environ un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux.

Conséquence : les cours internationaux du pétrole ont bondi au-delà des 100 dollars le baril, soit une hausse d’environ 50 % depuis le début du conflit.

Des prix record dans un pays pétrolier

Au Nigeria, cette flambée se traduit par une hausse de 65 % des prix à la pompe, la plus forte parmi les principales économies africaines. À Lagos et Abuja, le litre d’essence s’échange désormais autour de 1 400 nairas, un niveau jamais atteint auparavant. Cette hausse ravive les tensions inflationnistes alors que l’inflation commençait tout juste à ralentir après avoir atteint un sommet historique l’année dernière.

Les effets se font déjà sentir dans la vie quotidienne. Le coût du transport et de plusieurs produits alimentaires a doublé dans certaines zones, tandis que les commerces et les ménages restent fortement dépendants des groupes électrogènes en raison des défaillances chroniques du réseau électrique national.

Face à la pression croissante, des entreprises et syndicats appellent le gouvernement à mettre en place des mesures d’urgence, notamment des incitations fiscales pour les raffineurs et un approvisionnement en brut payé en naira.

Dans l’État d’Oyo, les autorités ont déjà annoncé une allocation de transport de 10 000 nairas pour les fonctionnaires pendant trois mois à compter d’avril.

Le ministre des Finances, Wale Edun, a toutefois exclu toute intervention directe sur les prix, affirmant que le gouvernement entend préserver « un système de fixation ordonné par le marché » et privilégier des mesures d’accompagnement pour les populations.

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