La FIFA veut ouvrir la Coupe du monde aux investisseurs privés, l'UEFA dénonce une «ligne rouge»
© Eduardo Verdugo Source: APLa FIFA propose de créer une filiale de 20 milliards de dollars chargée d'exploiter commercialement la Coupe du monde et d'autres compétitions, en ouvrant jusqu'à 20 % de son capital à des investisseurs privés. Le projet, présenté comme un levier de développement mondial du football, suscite une vive opposition de l'UEFA.
La FIFA a dévoilé, dans un communiqué publié le 28 juillet par son siège à Zurich, un projet visant à ouvrir le capital de la Coupe du monde et d'autres compétitions à des investisseurs privés, relançant sa rivalité avec l'UEFA autour de la gouvernance et du modèle économique du football mondial.
Le plan prévoit la création d'une filiale, baptisée FIFA Forward Enterprise, valorisée à 20 milliards de dollars, qui serait chargée de gérer les activités commerciales de la Coupe du monde et d'autres événements organisés par l'instance. La FIFA conserverait le contrôle majoritaire tout en cédant jusqu'à 20 % du capital afin de lever environ 4,2 milliards de dollars. Le projet doit encore être approuvé par les 211 fédérations membres.
Selon la FIFA, les fonds dégagés permettraient d'accroître les investissements dans le développement du football. Chaque fédération pourrait bénéficier d'un financement immédiat de 20 millions de dollars pour des projets spécifiques, suivi de nouvelles subventions lors des cycles quadriennaux suivants. Gianni Infantino présente cette initiative comme un moyen de démocratiser les ressources financières du football et de soutenir les pays dont les revenus restent limités.
Une rivalité FIFA - UEFA
L'UEFA a vivement rejeté cette proposition, estimant qu'elle franchit « une ligne que les institutions dirigeantes du football ne devraient jamais dépasser ». Dans un communiqué publié le 28 juillet, l'instance européenne affirme que « l'âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à vendre » et critique le manque de transparence entourant l'opération.
Le projet intervient alors que la FIFA cherche depuis plusieurs années à réduire la domination économique de l'Europe sur le football mondial. Malgré des revenus records dépassant les 13 milliards de dollars sur le dernier cycle de quatre ans, l'organisation reste loin derrière les recettes générées par le football européen. Selon l'UEFA, les seules compétitions de clubs de l'instance continentale ont rapporté 4,4 milliards d'euros lors de la saison 2024-2025, tandis que l'ensemble des compétitions européennes a généré plus de 40 milliards d'euros, d'après Deloitte.
Cette stratégie s'inscrit dans la continuité de la politique menée depuis plusieurs décennies par la FIFA pour renforcer le poids des fédérations d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Après avoir porté la Coupe du monde à 48 équipes en 2026, Gianni Infantino a également confirmé que l'hypothèse d'un tournoi à 64 sélections en 2030 restait à l'étude, une perspective qui a déjà suscité de fortes critiques en Europe.
Selon la FIFA, un véhicule d'investissement fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, pourrait conduire le groupe d'investisseurs si le projet est validé. À ce stade, aucune autre confédération continentale n'a rejoint publiquement l'opposition exprimée par l'UEFA, tandis que la Confédération asiatique de football (AFC) a indiqué avoir découvert cette initiative lors de son annonce officielle.