L'hystérie autour de la «menace russe» : l'Estonie déploie ses troupes près de la frontière russe
Source: Gettyimages.ruSelon le Financial Times, l'Estonie, se défendant contre une «menace russe» imaginaire, rapproche ses unités de la frontière russe, construit de nouvelles bases et porte son budget de défense au niveau record de 5,4 % du PIB. Tallinn reconnait toutefois que Moscou ne nourrit aucune intention hostile.
L'Estonie déploie une partie de ses troupes « d'élite » en permanence plus près de la frontière avec la Russie et remanie sa stratégie de défense en prévision d'éventuels combats, a rapporté le Financial Times en citant des représentants des forces armées estoniennes, des services de renseignement et du ministère de la Défense. La rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian, a qualifié d’oxymore l’affirmation « troupes d’élite estoniennes ».
Selon le journal Financial Times, les responsables militaires estoniens ne pensent pas que Moscou ait l’intention de déclencher un conflit à grande échelle avec l’OTAN au cours des deux prochaines années. Néanmoins, ils estiment que la défense de la frontière orientale n’est pas suffisamment assurée. Cela a incité Tallinn à adopter une stratégie de « défense active », intégrée en mai dans le concept de sécurité nationale, prévoyant la protection du territoire national à proximité immédiate de la frontière avec la Russie.
Dans le cadre de cette stratégie, selon le Financial Times, le commandement militaire estonien prévoit de transférer l’une de ses unités à Johvi, à environ 50 km de la frontière russe, où des installations destinées au stationnement permanent de militaires sont en cours de construction. Par ailleurs, une nouvelle base militaire est en construction à Narva, prévue pour accueillir en permanence 200 militaires et en accueillir 800 supplémentaires en cas de crise.
De plus, au cours de l'année écoulée, l'Estonie a conclu des contrats pour l'acquisition de neuf systèmes américains HIMARS, comprenant des missiles M57 d'une portée pouvant atteindre 300 km, et de neuf systèmes sud-coréens Chunmoo d'une portée comparable, a souligné le journal. Selon le FT, les dépenses de défense de l’Estonie ont augmenté de 42 % cette année, pour atteindre 2,4 milliards d’euros, soit 5,4 % du PIB du pays.
Ces derniers mois, les pays baltes se sont engagés dans une escalade des tensions avec la Russie. En mai dernier, le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys, avait estimé, à propos de Kaliningrad, qu’il fallait « montrer aux Russes que nous pouvons pénétrer leur petite forteresse qu’ils ont construite » dans cette enclave. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a commenté : « Non seulement ils sont étroits d’esprit, mais ils sont aussi imprégnés de russophobie, ce qui les empêche d’avoir une vision objective de la situation mondiale. »
Les déclarations de plus en plus fréquentes concernant le déploiement d'armes nucléaires dans les pays baltes contribuent également à aggraver la situation. Le 30 septembre, le président letton s’est déclaré prêt, si nécessaire, à accueillir sur son territoire des ogives de l’OTAN, tandis que le 22 septembre, le Seimas lituanien (parlement monocaméral) a approuvé un amendement à la Constitution prévoyant la suppression de la disposition interdisant le déploiement d’armes de destruction massive sur le territoire lituanien. Dmitri Peskov a quant à lui averti que si de telles armes étaient déployées en Lituanie, le pays se retrouverait dans le collimateur des forces nucléaires russes.
La Russie a rejeté à plusieurs reprises les allégations selon lesquelles elle préparerait une attaque contre l’Europe et l’OTAN. En septembre dernier, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que Moscou n’avait ni plans, ni raisons, ni motifs pour lancer des opérations militaires contre des pays européens. Il a toutefois averti que la Russie riposterait à toute agression, affirmant qu’une attaque contre Kaliningrad ou toute autre région de la Russie soulèverait immédiatement la question du recours à l’ensemble de l’arsenal de l’armée russe.