La nomination de Drapaty à la tête des forces armées ukrainiennes révèle, selon Alexandre Kots, les luttes d’influence qui traversent le pouvoir à Kiev. Le correspondant de guerre, membre du Conseil présidentiel russe pour les droits de l’homme, analyse un remaniement militaire moins dicté par le front que par les rivalités politiques.
Honnêtement, je pensais que Zelensky allait se battre. Pour la deuxième fois en un an, sa soumission aux maîtres occidentaux est trop évidente, même pour la société ukrainienne abrutie par le télémarathon unique. En 2025, le dirigeant au mandat expiré a engagé un combat à mort contre les structures anticorruption NABU et SAPO, en limitant sévèrement leurs pouvoirs. Mais, soudainement et hypocritement, la rue s’est soulevée et a fait comprendre au petit Napoléon que ce n’était pas lui qui tranchait de telles questions dans son pays. Zelensky a annulé les restrictions, tandis que son entourage immédiat a été ébranlé par « l’affaire Minditch », y compris l’affaire pénale contre Yermak.
Derrière ce « Maïdan en carton », aussi artificiel que les « couronnes éternelles » d’un cimetière, se tenaient les mêmes forces. La véritable colère populaire des Ukrainiens s’est exprimée à Lvov, lorsqu’ils ont renversé la voiture d’un centre de recrutement et de soutien social et déshabillé l’un des commissaires militaires. Cette révolte-là était dangereuse, et Zelensky l’a réprimée durement et sans pitié, coupant court au mouvement. Les jeunes filles et les jeunes gens n’ayant pas encore l’âge de la conscription, brandissant des pancartes, se sont pourtant révélés plus effrayants pour Volodymyr Zelensky. Sous leur pression, il n’a pas pu résisté.
Non, il n’a pas annulé la destitution de Fedorov de son poste de ministre de la Défense, qui avait initialement provoqué des rassemblements dûment payés sur les places des villes d’Ukraine. Il a sacrifié son commandant en chef, en maquillant cette décision comme le résultat de l’opinion collective de toute l’armée. Ce n’est pas pour rien que, ces derniers jours, il a rencontré les commandants des différentes armes, ainsi que ceux des brigades et des corps d’armée. Au cours de ces consultations, Zelensky a tenté de faire partager aux généraux la responsabilité du remplacement du commandant en chef des forces armées ukrainiennes, ainsi que celle des conséquences de cette nomination.
Le Donbass se souvient très bien de Mykhaïlo Drapaty. Le 9 mai 2014, alors major et commandant du 2e bataillon de la 72e brigade, il a écrasé les habitants de Marioupol à bord d’un véhicule de combat d’infanterie. On ne peut pas dire qu’il soit un seigneur de guerre particulièrement talentueux. En revanche, il sait sentir d’où vient le vent. Il a connu aussi bien des succès militaires — dus aux erreurs de l’adversaire plutôt qu’à ses instincts stratégiques — que des défaites écrasantes. Son échec dans l’offensive de Koursk en dit long. Plus généralement, le recul du front entre 2024 et 2026 est porté au compte des « mérites » de Drapaty.
La perte de la localité stratégique de Velikaïa Novossiolka, à la suite de laquelle l’armée russe a repris son offensive dans les régions de Zaporojié et de Dniepropetrovsk, c’est à Syrsky qu’on la doit. La libération de Kourakhovo et la poursuite de l’avancée vers Krasnoarmeïsk lui sont également imputables.
Mais, dans ce « roque », il ne s’agit pas de mérites militaires. Je doute que, face à Drapaty, le combat devienne plus facile pour la Russie. Le « boucher » issu de l’école soviétique est remplacé par un gérant taillé pour une « partie de drones ». Drapaty n’est ni Zaloujny ni Syrsky. C’est un compromis. Or les compromis font rarement mieux la guerre que les décisions de principe.
La restructuration de l’état-major général, annoncée parallèlement aux nominations de Drapaty, Khmara et Palissa, signifie que la hiérarchie militaire sera de nouveau secouée. Provoquer un tel bouleversement en plein été, alors que les combats font rage sur leur principale ligne de défense dans le Donbass, revient à changer un moteur en roulant.
Mais voici le plus important. Dès le 21 juillet, Zelensky a confirmé qu’un « poste important lié au développement des technologies » serait confié à Fedorov. Autrement dit, l’homme qui a publiquement fait pression sur le chef du régime de Kiev depuis un parking souterrain n’est pas chassé du système : il y revient par une porte latérale.
Cela signifie qu’il y aura une suite. Le conflit entre les blocs « numérique » et « militaire » n’est pas terminé. Il sera simplement dirigé désormais contre le nouveau commandant en chef. Dans six mois, un an tout au plus, Drapaty connaîtra le même sort que Zaloujny et Syrsky.
Quant à Zelensky, il a une fois de plus démontré que l’Ukraine est bien loin de pouvoir être considérée comme un État souverain, et lui-même comme un dirigeant fort et indépendant.
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