En sanctionnant les personnes qui contredisent le récit officiel, l'Union européenne a, de fait et en droit, abandonné la liberté d'expression et réintroduit le délit d'opinion, estime Fernand Kartheiser, membre du Parlement européen.
Depuis un certain temps déjà, l'Union européenne (UE) comme certains de ses États membres se sont dotés d'instruments juridiques pour prendre des sanctions contre les personnes physiques accusées de propager de la « désinformation ». Au début, ce régime a encore pu être appliqué de façon assez discrète : très peu de personnes au sein de l'UE ont appris que des sanctions avaient été appliquées contre des personnalités comme Xavier Moreau ou Nathalie Yamb, et pour quelles raisons. Comme il s'agissait de personnes résidant à l'étranger ou actives dans des domaines d'une importance plus directe pour un État membre particulier et non pour tous, relativement peu de citoyens se sont intéressés à ces décisions. Xavier Moreau est pourtant un journaliste très connu, mais l'interdiction de diffusion prise à la rencontre de l'antenne francophone de Russia Today au sein de l'UE a évidemment réduit son influence en Europe occidentale. Les choses ont commencé à changer avec les sanctions prises à la rencontre d'un citoyen suisse assez célèbre, Jacques Baud. Outre ses nombreuses et excellentes publications, notamment sur la guerre en Ukraine, cet ancien officier a toujours été très présent dans les médias en ligne. Son cas a finalement attiré l'attention sur le régime des sanctions touchant également Xavier Moreau et a contribué à susciter un large débat public. Le très récent cas concernant Xenia Fedorova, sanctionnée par la France pour des raisons similaires, a donné une nouvelle impulsion au débat. Cette dernière, naguère encore peu connue, se retrouve maintenant au cœur du débat français sur la liberté d'expression et la lutte contre cette supposée « désinformation ».
Le délit d'opinion
L'analyse de cette situation appelle d'abord quelques commentaires sur la nature des délits dont ces personnes se trouvent accusées. La « désinformation », la propagation de « fausses nouvelles » et autres infractions apparentées se distinguent par le flou et la subjectivité qui leur sont inhérentes. Comme c'est le pouvoir institutionnel, la Commission européenne, le Conseil des ministres des Affaires étrangères ou encore le gouvernement d'un État membre qui peut décider souverainement de la validité ou de l'admissibilité d'une certaine position politique, l'Union européenne a, de fait et en droit, abandonné la liberté d'expression et réintroduit le délit d'opinion.
Toute assertion, toute déclaration, toute opinion politique contraire aux vues de l'autorité peut dorénavant être placée hors la loi. Finie la pluralité politique ! L'opposition peut maintenant être jugulée, marginalisée, sanctionnée. Au lieu de défendre les valeurs de la liberté, notamment celles enracinées dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, cette même Union européenne et certains États ont ouvert la porte au totalitarisme par l'arbitraire et la répression. Ils ont en même temps tourné le dos à des principes fondamentaux régissant le droit pénal, à savoir la prévisibilité et la précision absolue dans la définition des délits. Des notions telles que les « délits de haine », qui viennent punir des sentiments ou la « désinformation », concept d'un arbitraire parfait, démantèlent les fondements de l'État de droit avec son cortège de garanties au profit de l'accusé.
Que ces mesures soient illégales ne peuvent faire aucun doute. Même si elles sont introduites de façon formellement et légalement correcte, elles violent les droits de l'homme, elles sont disproportionnées, inhumaines et prises de façon extrajudiciaire, par surprise et dans une procédure non contradictoire. Un recours légal est pratiquement impossible et les nouveaux dictateurs autoproclamés peuvent les prolonger à volonté. Bienvenue dans la réalité de l'Union européenne 2026 ! Les pères fondateurs rêvaient de créer une Europe de la paix et de la liberté après les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Que penseraient-ils maintenant de cette Union qui piétine ouvertement les vifs pour lesquels tant de héros ont sacrifié leur vie ? Cette Union trahit leurs intentions, leur idéalisme, leur rêve d'un monde meilleur.
La chasse à tout ce qui est russe
Souvent, mais pas toujours, on reproche aux personnes sanctionnées de s'être fait l'écho de la « propagande russe ». Ceux qui ont vécu la guerre froide savent qu'à l'époque, il n'y avait pratiquement pas de censure. En Occident, on pouvait acheter librement les publications soviétiques, visionner des films de derrière le rideau de fer, écouter des concerts des chœurs de l'Armée rouge et admirer les sportifs au tricot URSS lors des Jeux olympiques. Certes, les boycotts politiques existaient déjà, mais ils demeuraient l'exception et non la règle. L'actuelle chasse à tout ce qui est russe est, ô combien, déshonorante ! Quelle doit être la crainte de nos dirigeants du « récit russe », si sa propagation est combattue par tous les moyens, y compris par ceux qui rappellent les méthodes malsaines jadis appliquées par l'Union soviétique ?
Le « narratif » alternatif, celui de l'UE, concernant le conflit ukrainien n'est d'ailleurs pas uniquement contesté par la Russie. En Occident même, d'innombrables sources fiables, sérieuses, bien documentées, contredisent les dogmes que les citoyens européens sont maintenant censés adopter aveuglément et docilement. Les tensions nées de l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, les trahisons autour des accords de Minsk , les tricheries de la mission d'observation de l'OSCE en Ukraine, le rejet des offres de négociation russes, l'implication des États-Unis dans les événements de Maïdan, le non-respect des engagements européens, la liste est longue. Nul besoin d’utiliser à de la « désinformation russe » pour se faire une opinion raisonnablement objective sur ces questions. Il suffit de lire les mémoires d'Angela Merkel ou de réécouter les conversations téléphoniques de Victoria Nuland. L'Occident ou l'Ukraine sont loin d'être des victimes innocentes. Encore faut-il avoir l'honnêteté de l'admettre !
Interrogeons-nous aussi sur les « valeurs » que l'Ukraine est censée défendre. Les funérailles officielles avec honneurs militaires pour des nazis font-elles maintenant partie des « valeurs européennes » ? Quid de la corruption ? Ou de l'interdiction d'une langue ou des limites à la liberté religieuse ? De l'interdiction des partis politiques et de la censure ? Là encore, la liste est longue. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les sites ukrainiens, y compris ceux en exil. Le gouvernement de Kiev n’y est pas peint comme particulièrement angélique. Vu ainsi, on peut comprendre le souhait de la Commission d'éviter de débattre ouvertement de ses positions politiques et de réprimer les critiques. Elle pourrait en effet se retrouver rapidement à court d'arguments.
Monde parallèle de Bruxelles
Un autre phénomène inquiétant est le comportement des ministres nationaux lorsqu'ils se réunissent à Bruxelles. Ils semblent en effet entrer dans un monde parallèle qui n'a plus rien à voir avec leur mandat politique ou leur fonction dans leurs États respectifs. Chez eux, ils ont tous juré de respecter et de défendre leur constitution nationale, y compris tous les droits fondamentaux qu'elle contient. Pourquoi trahissent-ils alors la liberté d'expression dès lors qu'ils s'installent dans les salles de réunion bruxelloises ? Pourquoi la Commission européenne renie-t-elle la Charte des droits fondamentaux alors qu'elle est juridiquement contraignante pour elle ?
L'Histoire nous enseigne quelques principes qu'il est utile de rappeler ici. D'abord que la répression n'atteint jamais son but escompté. En se transformant en régime autoritaire, voire en prison des peuples, l'Union européenne court à sa perte. D'autres empires avant elle ont fait cette expérience. Si elle ne se rattrape pas très rapidement, l'Union européenne tiendra bientôt compagnie à l'Union soviétique et à l'Empire austro-hongrois dans les livres d'histoire.
Deuxièmement, la vérité finit toujours par s'imposer. Ni la propagande de l'UE, ni ses sanctions ne pourront changer les faits historiques. L'UE devra bientôt expliquer ce qu'elle a fait et assumer ses responsabilités. Les fauteurs de guerre, comme les détracteurs des droits de l'homme, devront se justifier devant les nations européennes.
Espérons que Xavier Moreau, Nathalie Yamb, Jacques Baud et Xenia Fedorova auront alors leur mot à dire !
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