Le PDG de TotalEnergies assume : «Le monde dépend encore à 80 % du fossile»
© YouTube / BFM BusinessÀ l’occasion d’un échange organisé par BFM Business, Patrick Pouyanné s’est longuement exprimé sur ses perspectives pour l’économie française. À un an de la présidentielle, le PDG de TotalEnergies appelle les candidats à relancer une politique de l’offre en France.
Invité des « Dialogues de Rexecode » et interrogé par des étudiants ainsi que par la journaliste Laure Closier sur BFM Business, Patrick Pouyanné a déroulé, le 20 avril, une feuille de route qui mêle énergie, compétitivité et réforme de l’État.
Interpellé sur la responsabilité des groupes pétroliers dans le dérèglement climatique, le patron de TotalEnergies a assumé une position pragmatique, rappelant le poids toujours dominant des hydrocarbures. « Le fossile représente encore 80 % du mix énergétique mondial », a-t-il insisté, tout en soulignant le caractère « inéluctable » de l’électrification des sociétés.
Face à des étudiants appelant à réduire la dépendance aux énergies fossiles, il a répliqué : « Vous êtes bien contents que je produise du pétrole en ce moment pour vous fournir de l’essence », évoquant les tensions d’approvisionnement liées aux crises internationales, notamment au Moyen-Orient.
Pour autant, le groupe affirme poursuivre sa diversification. Entre 25 % et 30 % de ses investissements sont désormais orientés vers l’électricité et les énergies renouvelables, avec l’ambition de figurer parmi les dix plus grands électriciens mondiaux d’ici 2030. « Aujourd’hui, 10 % de l’énergie que nous produisons, ce sont déjà des électrons », a précisé le dirigeant.
« Faire croître le gâteau »
Sur le plan européen, Patrick Pouyanné plaide pour une meilleure intégration des systèmes énergétiques. Il appelle à dépasser les logiques nationales pour tirer parti des complémentarités entre pays : nucléaire en France, éolien en Allemagne, solaire en Espagne. Dans cette optique, il défend également le développement de nouvelles centrales à gaz en Europe, qu’il juge indispensables pour garantir la sécurité énergétique.
Mais c’est surtout sur le terrain économique français que son intervention prend des accents programmatiques. Critique d’une politique centrée sur la hausse des prélèvements, il appelle à « faire croître le gâteau » plutôt qu’à en redistribuer les parts. Sa proposition : relancer une politique de l’offre en réduisant à la fois les charges pesant sur les entreprises et certains dispositifs d’aides, comme le crédit d’impôt recherche.
Le dirigeant met également en garde contre le décrochage en matière de compétitivité salariale. « Un ingénieur portugais est aujourd’hui aussi bien formé qu’un ingénieur français et il coûte deux fois moins cher », a-t-il affirmé, plaidant pour une évolution du financement du modèle social. À ce titre, il se montre favorable à une « TVA sociale », consistant à transférer une partie des charges du travail vers la consommation.