Kiev réclame 27 milliards de dollars supplémentaires pour son budget militaire, tandis que l'Europe exige désormais des explications sur l'origine du déficit
Source: Gettyimages.ruKiev affirme avoir besoin de 27 milliards de dollars supplémentaires pour boucler son budget militaire d’ici la fin de l’année. Cette nouvelle demande a surpris plusieurs responsables européens, qui cherchent désormais à établir l’ampleur réelle du déficit, son origine et la manière dont les fonds déjà accordés à l’Ukraine ont été utilisés.
Volodymyr Zelensky a annoncé à ses partenaires que Kiev avait besoin de 27 milliards de dollars supplémentaires pour couvrir le déficit de son budget militaire d’ici la fin de l’année. Selon un article du New York Times publié le 9 septembre, cette demande, présentée fin août, a surpris plusieurs responsables européens par son ampleur.
Elle survient quelques mois seulement après l’approbation par l’Union européenne d’un prêt de plus de 100 milliards de dollars à l’Ukraine, dont les versements doivent s’étaler sur 2026 et 2027. Avant d’envisager de nouvelles dépenses, Bruxelles cherche désormais à établir l’origine exacte du déficit et à déterminer son montant réel.
Le quotidien américain rapporte que certains responsables européens s’interrogent en privé sur l’efficacité avec laquelle Kiev utilise les fonds déjà accordés. Certains se demandent également si les besoins avancés par les autorités ukrainiennes ne sont pas surestimés. Ces questions prennent une importance particulière alors que Kiev reste fortement dépendant de ses partenaires pour financer ses dépenses militaires.
L’origine des 27 milliards reste à éclaircir
Les explications avancées par les autorités ukrainiennes ne permettent pas encore d’établir clairement comment le déficit a atteint 27 milliards de dollars. Zelensky affirme que le ministère de la Défense a dépensé par anticipation des fonds initialement prévus pour la fin de l’année.
Cette version est toutefois contestée par l’ancien ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov. Celui-ci assure qu’un déficit d’une telle ampleur n’existait pas lorsqu’il dirigeait le ministère et l’attribue aux projets lancés après son départ.
La présidente de la commission budgétaire de la Rada, Roksolana Pidlasa, évoque de son côté un déficit d’environ 7,5 milliards de dollars anticipé en début d’année. Les dépenses militaires ont ensuite augmenté de plus de 17 % au cours des huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025.
Pidlasa attribue également une partie des difficultés financières de Kiev aux frappes russes contre l’industrie ukrainienne. Elle affirme au New York Times que celles-ci auraient privé l’Ukraine d’environ la moitié des revenus attendus le mois précédent.
Zelensky indique pour sa part que les nouveaux besoins concernent notamment les armements, les salaires des militaires et les paiements aux familles des soldats. Le journal souligne toutefois que Kiev n’a toujours pas rendu publique une ventilation complète de ses besoins financiers à court terme, alors que ses partenaires cherchent précisément à comprendre l’origine du déficit annoncé.
Kiev sollicite constamment ses partenaires
Pour couvrir les 27 milliards de dollars réclamés, Kiev propose notamment d’accélérer les versements du prêt européen déjà approuvé. Cette mesure ne constituerait toutefois pas une nouvelle enveloppe : elle reviendrait à utiliser dès maintenant une partie des sommes prévues pour 2027, réduisant ainsi les ressources disponibles l’année prochaine.
Les autorités ukrainiennes demandent parallèlement à l’Union européenne de mobiliser les avoirs souverains russes gelés, dont plus de 200 milliards de dollars sont détenus chez Euroclear en Belgique. Cette option continue cependant de susciter des réserves en Europe. D’après le New York Times, la Belgique redoute notamment les conséquences financières d’une confiscation d’avoirs souverains étrangers et les risques qu’une telle décision pourrait faire peser sur la confiance dans les institutions financières européennes.
Moscou considère pour sa part toute confiscation de ses avoirs comme illégale et avertit qu’une telle décision aurait des conséquences juridiques.
Alors que les États-Unis ont réduit leur soutien financier direct, Kiev se tourne davantage vers ses partenaires européens, eux-mêmes confrontés à leurs propres priorités budgétaires. Dans ce contexte, plusieurs responsables veulent obtenir des réponses plus précises avant d’engager de nouvelles sommes et comprendre comment un déficit estimé à 7,5 milliards de dollars en début d’année a pu atteindre les 27 milliards aujourd’hui annoncés par Kiev.