Le Commissaire européen à la Défense revient vers l’idée de la création d’une armée européenne, dans un contexte géopolitique plus que tendu. Pour Karine Bechet, cette fantasmagorie irréaliste montre la faiblesse d’une Europe, totalement engluée dans la globalisation.
L’Europe se sent menacée de toute part. En plus de la traditionnelle mythique « menace russe », désormais, ce sont les États-Unis qui lui font peur aussi. Un vent de panique souffle sur ces faibles pays, depuis que Trump annonce vouloir s’emparer du Groenland.
Selon le président américain, si les États-Unis n’interviennent pas au Groenland, ce sont les Russes et les Chinois, qui s’empareraient de ce territoire, qui est sous juridiction du Danemark. Ainsi, Trump déclare vouloir s’en emparer d’une manière ou d’une autre. La question est pliée.
Un projet de loi a été déposé à la Chambre des représentants sur « l'annexion du Groenland et l'accession au statut d'État », qui prévoit, je cite : « Le président est autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris à entamer des négociations avec le Royaume du Danemark, en vue d'annexer ou d'acquérir le Groenland comme territoire des États-Unis. (...) Une fois l’annexion ou l’acquisition achevée, le président soumet au Congrès un rapport décrivant les modifications à apporter au droit fédéral qu’il juge nécessaires pour admettre le territoire nouvellement acquis comme État, afin d’accélérer l’approbation par le Congrès de l’admission du Groenland comme État après l’adoption d’une constitution que le Congrès juge républicaine dans sa forme et conforme à la Constitution des États-Unis. » Parallèlement, Trump a donné l’ordre de préparer un plan d’intervention militaire au Groenland.
Donc nous sommes toujours dans la même logique de « négociation » et de « paix », par la force. D’un côté, un bâton robuste, qui doit faire accepter une paix de soumission. Si vous avez une impression de déjà vu, ce n’est pas qu’une impression.
Or, les instances coloniales européennes ne sont pas prêtes à ce scénario et un vent de panique souffle. La Grande-Bretagne envisage de déployer des forces armées au Groenland avec l’Allemagne et la France... pour empêcher une invasion américaine. Côté français, ça s’est terminé comme d’habitude avec les Gendarmes à Saint Trop’, par la proposition d’ouvrir ... un consulat. C’est manifestement, tout ce que la France peut faire, notamment vu son indépendance politique et ses capacités de dissuasion.
L’opposition des autorités du Groenland (qui tentent encore la diplomatie) et de la population n’arrêtent pas les Américains, qui ont l’habitude « libérer » contre leur volonté les peuples et les pays, de les libérer d’eux-mêmes. Il faut rappeler que, s’il s’agit de question de sécurité, les États-Unis ont depuis un accord de 1951 une marge de manœuvre quasiment totale sur le territoire du Groenland sous seule condition de tenir informées les autorités locales.
L’agression par les États-Unis contre un pays membre de l’OTAN serait une première et mettrait fin à l’illusion persistante d’un système « international », autrement dit entre des nations, pour découvrir le Roi nu, sans pouvoir, sans souveraineté. Ce ne serait pas « la fin de l’OTAN » comme on peut l’entendre, c’est la fin de l’illusion de l’OTAN, comme « alliance » militaire entre des pays, alors qu’en réalité le seul pays qui décide sont les États-Unis.
Du coup, le commissaire européen à la Défense sort de l’eau le serpent de mer d’une armée européenne. Les responsables européens déclarent, que le Groenland est européen, puisqu’appartenant au Danemark. Et ils se sentent en danger, s’ils ne sont plus protégés par l’illusion, s’ils sont ouvertement confrontés à leur impuissance.
Il faut dire qu’environ 100 000 militaires américains sont répartis sur le sol européen, c’est une belle force ... Surtout quand on compte 37 bases militaires américaines en Europe. De quelle indépendance militaire et politique peut-on sérieusement parler sur cet espace parfaitement contrôlé ?
Mais l’UE se rêve appuyée d’une force justement de 100 000 hommes, avec la création d’un Conseil de sécurité européen de 10 à 12 membres (certains permanents, d’autres tournants), dans lequel entrerait notamment la France, l’Allemagne et ... la Grande-Bretagne – qui n’est plus membre de l’Union européenne, mais qui détient l’arme atomique.
Cette idée d’une Europe de la défense date de 1954 et elle échoue à chaque fois. Et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, créer une armée indépendante des États auprès d’une structure supra-étatique, serait un danger pour ces mêmes États, qui pourraient se voir embarqués dans des aventures, qu’ils ne maîtrisent pas. Ce qui provoque toujours des réactions de peur objective et de rejet. Rappelons, que l’armée est un des pouvoirs régaliens de l’État, or l’UE n’est pas un État.
Ensuite, seuls les États peuvent fournir les hommes et le commandement pour cette armée. Or, les armées des pays européens sont déjà dépeuplées et ont de sérieux problèmes de moyens. La Pologne et la France ont les plus fortes armées, avec environ 200 000 militaires. Ensuite, l’Allemagne et l’Italie avec plus de 150 000. Ce qui n’est objectivement pas beaucoup. Et leur commandement, même s’il entre dans le commandement unifié de l’OTAN, reste national. Pour comparaison, l’armée américaine compte plus de 2 millions de militaires actifs.
Mais Jean-Noël Barrot, faisant, une fois n’est pas coutume, preuve d’une finesse stratégique et d’une profondeur d’argumentation sans égales, déclare - et ainsi nous rassure : « « ne pas croire » à une intervention militaire américaine pour s’emparer du Groenland, comme le président Donald Trump en a évoqué la possibilité, ajoutant que « rien ne saurait le justifier ». ».
En effet, oublions le principe revendiqué en Occident, quand ça les arrange, de l’inamovibilité des frontières (qui ne peuvent bouger, que dans l’intérêt globaliste, comme l’histoire récente l’a montré – ou bien remettent-ils en cause la chute de l’URSS et le détricotement de l’espace post-soviétique ?). Oublions un instant, il s’agit de Trump, cela n’a pas sa place.
Mais comment justifier ? Kallas va-t-elle encore une fois déclarer, que les autorités n’y sont pas légitimes, comme avec Maduro ?
Ils feront, ce qu’on leur dira de faire. Si les Globalistes ont besoin d’une armée européenne, docile et mobilisable quand besoin est, ils se doteront de cette armée globale régionale au détriment des États. Si les États-Unis décident réellement d’avaler le Groenland, ce qui est un vieux projet comme le rappelait le président Poutine, alors les Européens la trouveront bien cette justification.
Le Roi a toujours raison. Et les bons sujets justifient tous ses caprices.
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