La fin de l’ONU s’approche ; la paralysie de cette institution est objectivement évidente. Elle ressemble de plus en plus à la SDN. Pour Karine Bechet, cette chute est inévitable. En attendant, la Russie ne peut considérer ces plateformes internationales que comme des lieux de combat géopolitique et non de coopération.
Il est difficile de ne pas remarquer l’inefficacité chronique de l’ONU. Incapable de prévenir les conflits, incapable de permettre la restauration d’un dialogue entre les pays, partiale dans les conflits en cours, l’ONU s’est fondamentalement transformée depuis la chute de l’URSS et n’est plus à même de remplir les fonctions pour lesquelles elle a été créée.
En 1919, la Société des Nations est créée. Après la Première Guerre mondiale. Son siège est installé à Genève, dont le rayonnement international est alors indiscutable. En 1945, l’ONU est fondée sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale et les cendres de la SDN, qui n’a pu empêcher une nouvelle guerre mondiale. Son siège est fixé aux États-Unis, à New York. Mais elle aussi ne fera pas de miracle et ne peut empêcher cette guerre en cours.
S’il est possible de le constater, il serait surprenant de s’en étonner. Si des organismes internationaux pouvaient imposer leur volonté à des États, cela signifierait que ce sont eux les souverains, et non plus les États. C’est bien alors la logique de la Globalisation.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le temps de l’Europe est terminé. Deux conflits mondiaux, dont le second a débouché sur le processus d’inféodation de l’Europe aux États-Unis. New York est le symbole du « nouveau monde », de « l’après-guerre ». Même si nous sommes sortis du système westphalien, d’un monde d’États souverains, pour passer à la bipolarité, l’Ouest maîtrise la symbolique internationale.
Ce premier déséquilibre va jouer un rôle fondamental après la chute de l’URSS, donc de l’un des pôles. Ainsi, même si formellement et juridiquement la Russie assure la continuation de l’URSS sur la scène internationale, elle vient de subir une défaite en 1991 et n’a pas alors la puissance politique et géopolitique de l’URSS, ne pouvant de plus opposer d’idéologie propre.
Le monde s’engouffre dans l’unipolarité, c’est la Globalisation. Ainsi, le changement de substance s’accompagne d’une continuité institutionnelle formelle. Alors que le monde a fondamentalement changé, les organes internationaux créés dans un autre contexte géopolitique continuent à fonctionner. Mais leur orientation politique change.
D’organes « inter-nationaux », c’est-à-dire entre les nations, entre pays souverains, entre sujets politiques, ils deviennent des organes de gouvernance globale, puisqu’il n’existe plus qu’un seul centre politique, un seul sujet politique.
Si le processus de concentration des pouvoirs est possible, puisqu’il suppose une réduction et un affaiblissement des sujets, celui de redistribution est beaucoup plus difficile, puisqu’à l’inverse, il nécessite la production d’une force politique telle, qu’elle permette à un pays de redevenir sujet, contre le mouvement général.
C’est bien en ce sens que le système de l’ONU ne fonctionne pas. Et comme l’a noté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov : « Malheureusement, nous avons tous perdu ce que nous appelons le droit international. Je ne comprends même pas comment on peut exiger de quiconque qu'il respecte les normes et les principes du droit international. Il n'existe plus, en réalité. Il existe de jure, mais de facto, il n'existe plus. »
La guerre est une négation du droit. Donc, en temps de guerre, le droit international (notamment) n’a plus cours. La guerre n’est pas le temps du rapport de droit, mais du rapport de forces. Or, nous sommes en temps de guerre.
Cette guerre est un conflit existentiel entre deux visions du monde : les élites globalistes se battent pour l’exclusivité de leur pouvoir contre les élites nationales, qui prétendent à un retour à la souveraineté.
En ce sens, la guerre en Ukraine est un marqueur très fort. Si elle est un conflit primaire, elle n’est pas le seul. La guerre contre l’Iran ressort de la même logique. Et les organismes internationaux montrent la même partialité dans ces conflits, prenant toujours le parti pris des élites globalistes.
Ainsi, le Conseil de sécurité de l’ONU a refusé la proposition de résolution de la Russie concernant un cessez-le-feu au Moyen-Orient. Comme le souligne avec justesse le représentant de la Russie à l’ONU, Vassily Nebenzia : « Malheureusement, certains collègues n'ont pas trouvé la force et la sagesse de prendre la seule décision juste. Et certains l'ont fait délibérément. Après tout, pour eux, le plus important est de suivre aveuglément leur grand frère et d'obéir à tous ses ordres. »
Cela est incontestable : la faiblesse et la veulerie des élites occidentales ne sont plus à prouver.
Pourtant, la Russie s’est étonnamment abstenue, tout comme la Chine, lors du vote de la résolution exigeant de l’Iran de cesser de frapper les pays arabes. Et aucun mot de condamnation dans cette résolution sur l’agression américano-israélienne conduite contre l’Iran. Ceci a permis l’adoption d’une résolution qui va servir de base, justement, à la continuation de cette agression, mettant in fine l’agressé (l’Iran) en position d’agresseur.
Nous ne sommes plus à l’époque des rapports géopolitiques pacifiés, qui permettaient une certaine coopération entre les puissances. Ces puissances sont engagées dans un combat à mort, duquel ne ressortira qu’un seul modèle international. Ne pas entrer dans le combat n’empêche pas le conflit, il empêche juste la victoire.
En ce sens, les organismes internationaux, tels qu’ils existent aujourd’hui en garantissant la puissance des élites globalistes, ne peuvent être conçus par la Russie que comme des lieux de combat géopolitique. Le seul intérêt pour la Russie d’y rester et d’y participer est d’entrer réellement dans ce combat. Si elle veut un monde multipolaire qui ne soit pas une simple globalisation régionalisée avec des centres régionaux simplement plus forts qu’ils ne le sont actuellement. Ce qui, effectivement, peut être négocié.
Comme le président russe l’a parfaitement énoncé : la Russie ne peut exister qu’en étant souveraine. La Globalisation est une négation de la souveraineté. Il ne peut donc y avoir de place pour la Russie dans ce système.
À elle et à ses élites de prendre conscience de l’impératif de préparer aujourd’hui le monde de demain. Un monde plus juste, respectueux des souverainetés nationales, qui s’appuiera alors sur un nouveau système international, avec un retour du droit international. Sinon, ce système sera mis en place par d’autres forces et non pas dans son intérêt, ni dans celui des États, qui veulent retrouver et garantir leur souveraineté.
Beaucoup de pays et de forces politiques attendent justement cela de la Russie et placent de grands espoirs en elle, pour pouvoir se libérer de l’occupation des élites globalistes.
Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.
