Après avoir menacé l’Iran de frappes telles que cette civilisation disparaîtrait, Trump accepte un cessez-le-feu de deux semaines et de discuter du plan de paix iranien. Pour Karine Bechet, le simple fait d’accepter de discuter des éléments de sa capitulation est une défaite historique pour les États-Unis.
Il est difficile de faire le décompte des fois où les États-Unis ont annoncé leur victoire dans le conflit au Moyen-Orient, annonçant à chaque fois que leurs objectifs étaient atteints, mais qu’ils frapperaient toujours plus fort si l’Iran ne pliait pas.
Ayant déclaré, il y a peu, que l’on n’accepte pas de cessez-le-feu lorsque l’on écrase l’ennemi, Trump vient d’annoncer justement un cessez-le-feu de deux semaines, à peine deux heures avant la fin de son dernier ultimatum en date de rayer l’Iran de la face du monde.
Et non seulement les Américains acceptent un cessez-le-feu (encore faudra-t-il voir s’ils le respectent et pour combien de temps), mais ils sont prêts à discuter du plan de paix iranien, sous l’égide formelle du Pakistan, avec l’intervention de la Chine.
Or, ce plan n’est rien d’autre qu’un acte de capitulation des États-Unis dans la région. Quoi qu’en dise Trump, annonçant une énième victoire historique.
Plusieurs blocs peuvent être dégagés.
Le premier concerne la neutralisation militaire des États-Unis dans la région, puisque le premier point de ce plan de paix iranien oblige les Américains à reconnaître le principe de non-agression, ce qu’ils n’ont jamais fait nulle part. Quant au neuvième point, il exige le retrait des forces américaines de la région. Tout est bien sûr question d’interprétation, mais la présence militaire américaine dans les pays étrangers est un élément de son soft power, y renoncer conduirait de facto à la remise en cause du Monde global américano-centré dans lequel nous vivons toujours, même s’il est contesté. Trump ne pourra jamais accepter de fermer les bases américaines dans la région.
Le second bloc est celui de la reconnaissance du contrôle par l’Iran de son territoire. Le deuxième point du plan établit le contrôle par l’Iran du détroit d’Ormuz, alors qu’il était question d’une gestion internationale du détroit. Des déclarations annexes établissent le yuan comme monnaie pour le paiement du passage. Le contrôle de son territoire par l’Iran implique le contrôle de sa politique et ainsi pose l’acceptation de l’enrichissement de l’uranium. Contrairement aux déclarations de Trump affirmant la question réglée.
Le troisième bloc est celui de la normalisation internationale de la situation de l’Iran. Ainsi, la défaite des États-Unis doit entraîner celle des élites atlantistes contre l’Iran. Toutes les sanctions, quelle que soit leur nature, doivent être levées, ainsi que les résolutions de l’ONU. Cela impose donc le discrédit de l’ONU comme instance devenue organe de gouvernance mondiale, et non plus organisation internationale.
Le quatrième bloc entérine la capitulation des États-Unis. Des réparations de guerre doivent être versées à l’Iran et la « paix » n’est pas entendue dans un sens géographiquement limité, mais le combat doit cesser sur tous les fronts, y compris au Liban. Or, c’est bien celui qui subit la défaite qui paie des réparations au vainqueur.
Comme le déclare à juste titre Dmitri Medvedev : « Alors, qui a gagné ? Avant tout, le bon sens, dont la confiance a été fortement ébranlée par les affirmations de la Maison Blanche selon lesquelles la civilisation iranienne serait anéantie en un seul jour. Parallèlement, le simple fait que Trump ait accepté de discuter du plan en dix points constitue une victoire pour les Iraniens. La question est de savoir si Washington y consentira. ».
En effet, que les Américains acceptent ce qui est un plan de capitulation constitue une première. Même s’ils tentent de le présenter comme une grande victoire. Ils ne contrôlent pas le détroit, ils n’ont pas renversé le régime, les capacités militaires de l’Iran ne sont pas anéanties, la société iranienne s’est soudée autour du pouvoir, etc. C’est un échec sur toute la ligne.
Islamabad a invité les Américains et les Iraniens à poursuivre la discussion sur le processus de paix, puisqu’il ne s’agit que d’un cessez-le-feu, les problèmes fondamentaux ne sont pas réglés.
De son côté, Israël reconnaît du bout des doigts cet état de fait, mais refuse de l’appliquer au Liban, où les combats se poursuivent avec acharnement.
Qu’est-ce qui a pu conduire Trump à cette décision ? L’impasse militaire sur le terrain certainement, l’impossibilité des frappes à distance à permettre de faire changer le système politique iranien, l’erreur stratégique de l’assassinat de l’Ayatollah Khamenei qui a soudé la population... et certainement des questions de politique intérieure.
Le mécontentement monte même dans les rangs de Trump, des militaires de haut rang inconfortables ont été limogés, la cote de popularité baisse alors que les Républicains sont de plus en plus en difficulté pour les élections de mi-mandat. Sans oublier le lancement d’une procédure d’impeachment par des représentants démocrates, après les menaces de Trump de rayer une civilisation de la carte, ce qui confine au crime de génocide. Sans oublier ceux qui veulent lancer le 25e amendement, prévoyant de transmettre la direction du pays au vice-président en cas de vacance de la présidence, notamment si le président est jugé inapte.
Tout cela ne veut pas dire que les Américains vont accepter le plan de paix, ni qu’ils vont forcément respecter le cessez-le-feu. Mais le simple fait que cela ait lieu est un signe politique très fort. L’Iran aura été l’erreur de trop.
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