Igor Kourachenko, envoyé spécial de RT en français, s’est rendu à Brazzaville aux côtés du vice-Premier ministre Alexandre Novak à l’occasion de l’investiture de Denis Sassou Nguesso. Au-delà de la cérémonie, cette visite a donné lieu à des échanges politiques et économiques soutenus entre Moscou et le Congo.
Rencontres, négociations, échanges de vues : deux journées menées à un rythme soutenu. Les 16 et 17 avril, la délégation russe conduite par le vice-Premier ministre Alexandre Novak était en République du Congo. Motif officiel : l’investiture du président réélu Denis Sassou Nguesso. Mais derrière la cérémonie, un autre agenda se dessinait : celui de discussions politiques et économiques en vue de préparer une visite officielle (la première après sa réélection) du chef d’État congolais en Russie. Retour sur ces heures intenses.
Investiture : bien plus qu’un protocole
Une investiture est, en principe, un rite institutionnel. Solennel, codifié, millimétré. Chaque détail compte, chaque geste est pesé. Celle-ci n’a pas échappé à la règle. Mais à Brazzaville, l’événement a largement dépassé le cadre protocolaire. Ce n’était pas une simple formalité. C’était une fête populaire. Une ville entière en mouvement.
Dans les rues de la capitale, la ferveur sautait aux yeux. Certains dansaient, d’autres prenaient la parole, d’autres encore agitaient des drapeaux. Beaucoup portaient des robes, des chemises ou des costumes avec l’image du président. Nous sommes descendus du cortège pour aller parler aux habitants, au plus près de cette marée humaine.
Bien sûr, chacun connaît les récits de foules orchestrées et de démonstrations calibrées. Mais ici, un autre sentiment dominait : la sincérité. Beaucoup croyaient réellement en Denis Sassou Nguesso. À la question du pourquoi, les réponses revenaient comme un refrain : « la stabilité », « la paix », « la sécurité ».
En observant le monde actuel, on oublie parfois que certaines choses ne vont pas de soi. De l’autre côté du fleuve Congo, la situation rappelle brutalement que la paix n’est jamais acquise. À Brazzaville, cet argument pèse lourd.
L’âge du président (82 ans), souvent commenté ailleurs, ne semble pas troubler ses soutiens. Pour nombre d’entre eux, c’est même un atout. L’expérience, disent-ils, n’a pas de prix. Et sur un continent où les secousses politiques sont fréquentes, elle vaut parfois plus que les promesses.
Un stade rempli
Le stade qui accueillait la cérémonie affichait complet. Plus de 60 000 personnes. Et une immense majorité de citoyens ordinaires, venus assister à ce moment politique.
À chaque fois que le nom du président était prononcé, le public explosait. Ovations, cris de joie, applaudissements en cascade. Sur la tribune officielle, plusieurs chefs d’État étrangers, dont ceux de la RD Congo, du Rwanda, de la RCA ou encore du Ghana.
Nous travaillions au centre du stade, sous un soleil brûlant. Ce jour-là, Brazzaville affichait 32 degrés. Chaque stand-up, chaque déplacement demandait de l’énergie. Mais dans les tribunes, la chaleur semblait sans effet. L’enthousiasme, lui, restait intact.
Le théâtre du pouvoir
La cérémonie elle-même avait quelque chose de spectaculaire. Les militaires en uniforme, les juges de la Cour constitutionnelle vêtus en rouge, les symboles de l’État soigneusement mis en scène.
Puis vint le moment central : le discours du président, suivi du serment. Une image de continuité, de stabilité et d’autorité.
Vieux amis, nouveaux projets
Sur le plan extérieur, l’un des acquis majeurs de Denis Sassou Nguesso reste la solidité des liens avec la Russie. Les diplomates parlent de partenariat stratégique. Une formule souvent employée, mais qui, ici, repose sur des réalités concrètes : projets communs, volonté d’élargir la coopération humanitaire, intensification des échanges économiques.
Dans le secteur énergétique, un chantier symbolise à lui seul cette dynamique : l’oléoduc Pointe-Noire–Brazzaville. Bien plus qu’une infrastructure, il est présenté comme une future artère vitale pour le pays. Un axe appelé à renforcer durablement la sécurité énergétique nationale et à relier davantage les centres de production aux besoins du territoire.
« Aujourd’hui […] le projet est déjà structuré sur le plan financier, les terrains sont en cours d’attribution, et toutes les conditions sont désormais réunies pour lancer sa mise en œuvre », a expliqué le chef de la délégation russe.
La diplomatie se lit aussi dans les détails
Il y a les grands dossiers. Et puis il y a les signaux plus discrets, parfois tout aussi révélateurs.
L’accueil réservé à la délégation russe en a été un exemple. Tapis rouge, échanges nourris, disponibilité des interlocuteurs, accès direct aux plus hauts responsables : des membres du gouvernement au président lui-même, Alexandre Novak a multiplié les rencontres dans une atmosphère chaleureuse. Or, la cordialité n’excluait ni le sérieux, ni l’efficacité. Bien au contraire. Derrière les gestes amicaux, les discussions étaient denses, les agendas serrés, les intérêts clairement identifiés.
Même les cadeaux peuvent parler en diplomatie. Celui remis au chef de l’État congolais n’est pas passé inaperçu : une tenue sportive de la marque russe Putin Team. Un geste qui en dit long sur l’amitié des deux pays.
Le premier voyage qui dit tout
Dans les cercles diplomatiques, un détail est scruté avec attention après chaque investiture : la destination du premier déplacement officiel du chef de l’État reconduit. Ce choix n’est jamais neutre. Il envoie un message, dessine des priorités, révèle une orientation. Dans le cas de Denis Sassou Nguesso, le suspense semble limité.
Le président congolais et une importante délégation sont attendus prochainement à Moscou. Une visite qui devrait confirmer ce que Brazzaville a déjà laissé entendre : entre la Russie et le Congo, l’amitié ancienne entend désormais se traduire en nouveaux projets.
La diplomatie en action
Dès le premier jour, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guéoriï Borissenko, s’est entretenu avec le chef de la diplomatie congolaise. Une rencontre de travail, classique en apparence. Mais avant même le début des discussions, un détail a retenu l’attention : le protocole.
En Russie, le plus souvent, les dirigeants ou ministres se saluent ensemble à leur arrivée, ou bien les invités attendent l’entrée de leur hôte. Au Congo, la mise en scène est un peu différente. D’abord, les responsables du pays prennent place, y compris le ministre ou le président. Ensuite entrent les journalistes. Et seulement après, la délégation étrangère fait son apparition.
Trois minutes qui disent beaucoup
Ce jour-là, entre notre entrée dans la salle et l’arrivée de la délégation russe, trois minutes se sont écoulées. Trois minutes à peine. Mais parfois, trois minutes suffisent à résumer une atmosphère.
Le ministre congolais a lui-même engagé la conversation. Et il l’a fait… en russe. Un russe fluide, naturel, inattendu pour certains, mais révélateur d’un parcours et d’une proximité assumée avec Moscou.
C’est dans cette courte parenthèse que nous avons obtenu son accord pour un mini-entretien que nous avons réalisé après la rencontre officielle.
Plus encore que ses réponses, une formule en a dit long. En s’adressant à moi, humble journaliste, il a lancé : « Cher ami ». Dans le langage diplomatique, chaque mot est pesé. Celui-ci ne devait rien au hasard.
RT, Moscou et le paysage médiatique
L’entretien a porté sur plusieurs sujets : la rencontre avec Alexandre Novak, l’état des relations bilatérales, mais aussi la diversité médiatique.
Sur ce point, le ministre n’a laissé place à aucune ambiguïté. Il a exprimé le souhait de voir notre chaîne retrouver toute sa place au Congo.
« Il est temps que RT revienne prendre pied ici », a-t-il ainsi déclaré.
Une phrase courte. Mais politiquement lourde de sens. Car au-delà du cas d’un média, c’est aussi la question du pluralisme de l’information et de l’ouverture à d’autres voix internationales qui se pose.
Bilan d’un déplacement intense
Le voyage a été dense, presque sans respiration. À tel point que nous n’avons même pas trouvé 20 minutes pour sortir acheter un souvenir. Une première pour moi. Mais il y a parfois de bonnes frustrations : elles donnent envie de revenir. Revenir pour le travail. Ou simplement pour découvrir davantage le pays.
Car face à bien d’autres destinations, le Congo laisse une impression solide. Infrastructures importantes, sentiment de sécurité réel, organisation réfléchie. Et lorsqu’on y ajoute la beauté de la nature, l’envie naît presque immédiatement d’y rester plus longtemps.
Pour l’heure, cap sur Moscou. Les amis congolais y sont attendus prochainement. Et si ce déplacement à Brazzaville a donné le ton, la suite pourrait être tout aussi productive.
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