Essais nucléaires en Algérie : la France face à ses déchets oubliés
Plus de soixante ans après les essais nucléaires français dans le Sahara, la question des déchets radioactifs enfouis reste entière. Alger réclame les cartes des sites contaminés, tandis que Paris est accusé de ne pas assumer pleinement sa responsabilité dans la décontamination.
La polémique ressurgit autour des 17 explosions nucléaires menées par la France entre 1960 et 1967 à Reggane et In Ekker, dans le Sahara algérien. Dans une question écrite adressée, le 3 mars, à la ministre des Armées et des Anciens combattants Catherine Vautrin, la députée écologiste Sabrina Sebaihi interpelle le gouvernement sur les conséquences sanitaires et environnementales toujours visibles de ces essais.
Ces explosions, qui ont permis à la France d’accéder au statut de puissance nucléaire, ont généré d’importants déchets, dont une partie serait toujours contaminée par la radioactivité. Selon la parlementaire, « une centaine de tonnes de déchets » auraient été enfouies par l’armée française sans que l’ensemble des données ne soit aujourd’hui accessible aux autorités algériennes.
Une première évaluation a bien été conduite en 1999 par l’Agence internationale de l'énergie atomique, à la demande d’Alger. Mais cette mission n’aurait pas couvert l’ensemble des déchets enterrés. Or, pour Alger, l’enjeu est désormais opérationnel : localiser précisément les zones contaminées afin de sécuriser et réhabiliter les sites.
En octobre 2024, le président Abdelmadjid Tebboune a publiquement appelé la France à « nettoyer les sites des essais nucléaires », estimant que la responsabilité historique de Paris est engagée. Face à l’absence de réponse jugée satisfaisante, l’Algérie a lancé, le 14 février dernier, ses propres opérations de décontamination.
Mais sans les cartes détaillées des zones d’enfouissement ni les plans précis des périmètres radioactifs, la tâche s’annonce complexe. « Les autorités algériennes ont besoin des cartes et des données précises », insiste Sabrina Sebaihi, qui demande à Paris d’expliquer les raisons du non-transfert de ces informations.