Manche : accord de 766 millions d’euros entre Londres et Paris pour freiner les traversées

Manche : accord de 766 millions d’euros entre Londres et Paris pour freiner les traversées Source: AP
Shabana Mahmood et Laurent Nuñez lors de la signature de l’accord à Dunkerque, le 23 avril 2026
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Londres va verser près de 766 millions d’euros à Paris pour renforcer la lutte contre les traversées illégales de la Manche. Ce nouvel accord prévoit davantage de policiers sur les côtes françaises et des moyens de surveillance, alors que les précédents financements n’ont pas permis d’arrêter les départs de migrants vers les côtes britanniques.

Le Royaume-Uni et la France ont conclu un nouvel accord de trois ans pour tenter de réduire les traversées illégales de la Manche. Le texte a été signé le 24 avril 2026 par la ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, et son homologue français, Laurent Nuñez. Londres prévoit de verser à Paris jusqu’à 660 millions de livres, soit près de 766 millions d’euros, pour renforcer les contrôles dans le nord de la France. Cet accord remplace une précédente enveloppe de 478 millions de livres, arrivée à échéance le 31 mars.

Le financement sera divisé en deux parties. Une première enveloppe de 500 millions de livres servira à renforcer le dispositif français sur le littoral. Une seconde, d’environ 160 millions de livres, dépendra des résultats obtenus contre les traversées. Selon The Guardian, cette partie repose sur un mécanisme de paiement « aux résultats » : si les mesures ne produisent pas l’effet attendu, une partie des fonds pourra être retenue.

Sur le terrain, l’effort portera d’abord sur les plages du nord de la France, d’où partent de nombreuses embarcations. Le nombre d’agents passera d’environ 907 sur la période 2023-2026 à près de 1 400 en 2026-2029, soit une hausse d’environ 53 %. Le plan prévoit aussi davantage de patrouilles et de moyens de surveillance dans cette zone.

Un dispositif de plus en plus sécuritaire

Le volet policier occupe une place centrale dans l’accord. Une unité de 50 policiers sera formée aux tactiques de contrôle pour empêcher les migrants de monter dans les petites embarcations. Les fonds britanniques doivent aussi contribuer à l’achat de matraques, de boucliers et de gaz lacrymogène. The Guardian souligne que Londres finance pour la première fois une unité de ce type dans le cadre de la lutte contre la migration irrégulière dans la Manche.

À ces renforts s’ajouteront de nouveaux moyens techniques : deux hélicoptères, des caméras, des drones et une unité de renseignement renforcée pour identifier les réseaux de passeurs. Une attention particulière sera portée aux « bateaux-taxis », ces embarcations utilisées pour récupérer les migrants près des côtes et contourner les contrôles. Les autorités françaises ont déjà intercepté six de ces bateaux au cours des deux derniers mois.

Londres présente cet accord comme une réponse à une pression migratoire persistante. Près de 41 500 personnes sont arrivées illégalement au Royaume-Uni par la Manche en 2025, un niveau inférieur au pic de 2022, mais supérieur à ceux de 2023 et 2024. Depuis le début de 2026, plus de 6 000 personnes ont déjà traversé. Shabana Mahmood a affirmé que l’accord devait empêcher ces traversées dangereuses et permettre l’emprisonnement des passeurs.

Des critiques sur l’efficacité de la méthode

Cette stratégie suscite toutefois de fortes critiques. L’organisation Freedom from Torture a dénoncé une escalade « profondément alarmante ». Le Refugee Council estime de son côté que la réponse policière ne traite pas les causes du problème. Ces organisations rappellent que beaucoup de migrants viennent de pays comme l’Afghanistan, l’Iran, le Soudan, l’Érythrée ou la Somalie, et prennent la mer faute de voies légales sûres vers le Royaume-Uni.

Londres et Paris tentent ainsi d’afficher une coopération renforcée, mais le constat reste lourd pour les deux capitales : malgré les financements déjà engagés, les traversées continuent. Face à cette crise durable, les gouvernements occidentaux reviennent encore à la même logique : plus d’argent, plus d’effectifs et plus d’équipements. Mais pour leurs critiques, cette politique déplace surtout le problème sur les plages françaises, sans résoudre la crise migratoire qui frappe l’Europe depuis des années.

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