Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale après son limogeage
Trois jours après son éviction du poste de Premier ministre par le président, Ousmane Sonko a été élu le 26 mai président de l’Assemblée nationale. Une recomposition politique qui intervient dans un contexte de tensions au sommet de l’État et de divergences au sein du pouvoir autour de la gouvernance et des orientations économiques du pays.
L’ancien chef du gouvernement sénégalais Ousmane Sonko a été porté à la tête de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165, lors d’un scrutin largement dominé par son parti, le Pastef, majoritaire au Parlement depuis les élections législatives de novembre 2024.
Cette élection intervient quelques jours seulement après son limogeage par le président Bassirou Diomaye Faye, mettant en lumière les tensions croissantes entre les deux anciens alliés politiques. Sonko, figure centrale du Pastef et artisan de la victoire électorale du camp présidentiel, a toutefois affirmé vouloir préserver l’unité du mouvement.
Dans son premier discours après son élection, il a déclaré que l’Assemblée nationale « [utiliserait] de manière ferme mais responsable tous les leviers de pouvoir », tout en appelant à une discussion « responsable » pour permettre au mandat présidentiel de se poursuivre « dans les meilleures conditions ».
Le nouveau président du Parlement a également évoqué des divergences avec le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, nommé Le 25 mai par le chef de l’État. Bien qu’il ait salué un « travailleur acharné » et un homme « compétent et dévoué », Sonko a reconnu l’existence de désaccords sur les questions monétaires et la gestion de la dette publique.
« Notre formation n’est pas associée à cette décision », a-t-il déclaré à propos de cette nomination, avant de lancer : « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef ».
Technocrate et ancien cadre de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Ahmadou Al Aminou Lô est considéré comme un des architectes du programme économique Sénégal 2050 porté par le président Faye. Lors de sa prise de fonction, il a assuré qu’il ne s’agissait pas d’un « changement de cap », mais d’un « changement de méthode ».
La journée parlementaire a toutefois été marquée par une vive contestation de l’opposition. Les députés de la principale coalition adverse ont boycotté la séance consacrée à la réintégration de Sonko comme député, dénonçant une violation du règlement intérieur.
Selon l’opposition, l’ancien Premier ministre aurait dû démissionner plus tôt de ses fonctions gouvernementales pour retrouver légalement son siège parlementaire. La chef de file des députés de l’opposition, Aïssata Tall Sall, a dénoncé un « coup d’État institutionnel ».