Guerre en Iran : tensions entre le Pentagone et SpaceX autour du coût de Starlink
© Brandon Bell Source: APLe Pentagone et SpaceX sont engagés dans un bras de fer sur le coût de Starlink utilisé dans les opérations militaires américaines en Iran. Selon Reuters, l’entreprise d’Elon Musk a exigé une hausse des tarifs, révélant la forte dépendance de l’armée américaine à ce réseau satellitaire devenu stratégique.
Au cœur du différend figure l’utilisation de Starlink sur les drones kamikazes américains LUCAS, des appareils conçus pour survoler une zone avant de s’écraser sur leur cible, comparables aux drones Shahed employés par l’Iran.
D’après plusieurs sources citées par Reuters, des responsables de SpaceX ont estimé que le Pentagone utilisait un niveau de service satellitaire plus avancé que celui qui était facturé jusqu’ici. L’entreprise considérait que les connexions utilisées pour les opérations militaires relevaient de son offre aérienne haut de gamme, dont le coût atteindrait environ 25 000 dollars par terminal et par mois, contre environ 5 000 dollars initialement payés par le département américain de la Défense.
Le Pentagone contestait cette interprétation, arguant que les drones kamikazes n’utilisaient les connexions Starlink que durant quelques minutes ou quelques heures, contrairement aux avions nécessitant une connexion permanente.
Malgré ces réticences, l’armée américaine aurait finalement accepté la hausse tarifaire, augmentant presque du double le coût unitaire des drones LUCAS, initialement estimé à environ 30 000 dollars.
Des tensions croissantes entre SpaceX et le Pentagone
Le dossier illustre les tensions croissantes entre le Pentagone et SpaceX autour des prix pratiqués pour les services militaires de Starlink, commercialisés sous la marque Starshield. Lancé dans le cadre d’un accord signé en 2023 avec le gouvernement américain, Starshield propose des connexions sécurisées dédiées aux opérations militaires et aux agences gouvernementales.
Selon Reuters, les désaccords portent également sur un projet visant à fournir aux civils iraniens un accès internet direct via satellite afin de contourner les coupures de communication imposées par les autorités iraniennes. Cette technologie dite « direct-to-cell », comparable à un réseau 5G satellitaire, permettrait aux téléphones mobiles de se connecter sans terminal terrestre.
SpaceX aurait proposé de facturer jusqu’à 500 millions de dollars pour le déploiement initial du service, auxquels s’ajouteraient environ 100 millions de dollars mensuels pour son exploitation. Ces montants auraient suscité l’inquiétude de responsables du Pentagone.
L'armée américaine dépend de SpaceX !
Depuis le début de la guerre contre l’Iran, Starlink est devenu un élément essentiel des opérations militaires américaines, notamment pour les communications de terrain, le guidage de drones et les missions de surveillance maritime. Selon des documents consultés par Reuters, les terminaux Starshield seraient utilisés sur plus d’une douzaine de systèmes militaires autonomes.
Cette dépendance stratégique soulève des interrogations au sein de l’administration américaine. Aucun autre acteur privé ne dispose actuellement d’une constellation satellitaire comparable à celle de SpaceX, forte d’environ 10 000 satellites, soit plus de 60 % des satellites actuellement en orbite autour de la Terre.
Des experts estiment que cette situation donne à Elon Musk un pouvoir considérable sur des infrastructures devenues critiques pour la sécurité nationale américaine. Clayton Swope, chercheur au Center for Strategic and International Studies, considère ainsi que SpaceX tient désormais le gouvernement américain dans une « position de dépendance ».
Les inquiétudes concernant cette influence ne sont pas nouvelles. Durant la guerre en Ukraine, Starlink avait déjà suscité la controverse après des restrictions temporaires du service dans certaines zones de combat. Plus récemment, une panne mondiale du réseau avait perturbé des essais de navires militaires autonomes de la marine américaine.
Malgré ces tensions, le Pentagone envisagerait toujours l’achat de plus de 3 500 abonnements Starshield supplémentaires, dont une centaine relevant du niveau de service aérien le plus coûteux. Un contrat qui pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars de revenus annuels pour SpaceX.