Des milliers de Gazouis menacés de cécité en raison d'une pénurie de médicaments et de matériel médical
© Anadolu Source: Gettyimages.ruDes médecins gazaouis ont tiré la sonnette d'alarme sur les milliers de cas de lésions ou d’affections oculaires qui risquent d’évoluer vers la cécité à cause de la guerre et des pénuries de médicaments et de matériel médical engendrées par le blocus imposé à l’enclave palestinienne.
Plusieurs milliers de patients risquent de perdre la vue à Gaza. En cause, les graves pénuries de médicaments, de matériel chirurgical et d'outils de diagnostic engendrées par la guerre et les restrictions israéliennes imposées à l’entrée de fournitures médicales, selon les témoignages de médecins gazaouis. Une crise dont l’ampleur ne cesse de s’étendre depuis 2023, a rapporté le quotidien émirati The National ce 17 mars.
Avant ce conflit meurtrier qui dure depuis près de deux ans et demi, les séquelles et affections oculaires étaient soit traitées dans les hôpitaux de l'enclave, soit transférées vers des institutions médicales à l’étranger. Ces deux options sont désormais impossibles pour des milliers de patients qui vivent sous la menace de la cécité.
9 000 patients sur les listes d'attente
Cité par The National, le Dr Walid Shaqoura, directeur de l'hôpital ophtalmologique St John de Gaza, a alerté sur la situation catastrophique de ses patients, expliquant qu’ils sont environ 9 000 à attendre des traitements et des interventions chirurgicales oculaires.
Il estime que le nombre réel de personnes nécessitant un traitement ou une intervention oculaire est probablement bien supérieur à ce chiffre, établi uniquement à partir des patients hospitalisés.
Pour sa part, le ministère de la Santé de Gaza recense environ 3 000 cas de cécité ou de perte de vision depuis le début du conflit. Les lésions oculaires seraient quant à elles au nombre de 17 000, provoquées par les explosions et les projections de débris.
Destruction ou dysfonctionnement d'équipements médicaux
Outre les milliers de patients en attente de traitement et les pénuries de moyens médicaux, le Dr Abdul Salam Sabah, directeur de l'hôpital ophtalmologique spécialisé — le seul centre gouvernemental de Gaza dédié aux soins oculaires — a pointé la destruction ou le dysfonctionnement d'équipements médicaux essentiels nécessaires à la réalisation de chirurgies oculaires.
Selon ce spécialiste gazaoui, « l’épine dorsale du système médical de l’hôpital est touchée », précisant que « les appareils de chirurgie de la cataracte, le matériel de chirurgie rétinienne et les dispositifs utilisés pour retirer les éclats d’obus des yeux sont complètement hors service ».
Le médecin a également indiqué que, dans l’ensemble de la bande de Gaza, un seul appareil laser est actuellement fonctionnel.
Évoquant la situation des entrepôts médicaux, le Dr Abdul Salam Sabah a averti qu’ils étaient presque vides, manquant cruellement de matériel chirurgical essentiel, de lentilles artificielles, de produits nécessaires aux opérations oculaires et même de sutures destinées aux chirurgies.
Pour les patients souffrant d’affections ou de lésions oculaires à Gaza, une course désespérée contre la montre est engagée : chaque jour qui passe augmente les risques de perte de la vue.
Quant aux quelques patients « chanceux » qui obtiennent une recommandation de transfert à l’étranger pour se faire soigner, leur départ reste incertain en raison de la fermeture des points de passage frontaliers par l’armée israélienne.