Ces derniers temps, les hauts responsables russes ciblent particulièrement les organes internationaux, soulignant leur dévalorisation et leur tendance néocoloniale. Pour Karine Bechet, la globalisation en soi est un système fondamentalement néocolonial, qui ne disparaîtra qu’avec la disparition des Globalistes.
Les organes internationaux de l’ONU, tels qu’issus de la Seconde Guerre mondiale, ont failli. Comme le déclare avec justesse Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin : « Il est clair que l'ordre mondial actuel – certains disent qu'il s'effondre, d'autres qu'il subit des changements importants – est en train de se dévaloriser. Mais il est clair que le système des relations internationales, les organisations internationales, dirigées par les Nations unies, sont dévalorisées; le Conseil de sécurité est dévalorisé et la capacité du Conseil de sécurité et de l'ONU à participer à la résolution des problèmes urgents est amoindrie ».
C’est un constat, qu’il est difficile de remettre en cause, tant ce phénomène est évident et d’une certaine manière – logique. Et cela pour plusieurs raisons.
Le système de l’ONU a été mis en place dans le cadre d’un monde bipolaire, où l’existence de deux blocs permettait de garantir une certaine stabilité internationale. Ce système offrait alors une plateforme de discussion, un lieu de débats entre acteurs, qui respectaient la force de l’autre ; d’un côté les États-Unis et le bloc de l’Ouest, de l’autre l’URSS et le bloc de l’Est.
À la chute de l’URSS, l’équilibre des forces géopolitiques a été rompu, mais le système institutionnel international est resté. Il n’y avait finalement plus qu’un seul groupe d’élites – globalistes, ou au mieux soumises à elles. Le système de l’ONU, devenu alors un instrument de gouvernance globale de facto est entré au service de ces élites, qui dirigeaient les pays.
Nous avons ainsi vu se développer dans les années 90 la justice pénale internationale, avant impensable en raison du droit de veto de l’URSS, qui bloquait toute possibilité de créer des tribunaux spéciaux pour des raisons politiques. Elle est devenue de plus en plus intrusive, de moins en moins institutionnelle, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des dirigeants peu commodes pour ce nouveau monde, entré une phase de globalisation glorieuse.
Mais la gloire est éphémère, surtout lorsqu’elle est artificielle et imposée par la force. Et quand dans le milieu des années 2000, la Russie a relevé la tête sur la scène internationale et revendiqué le droit à un intérêt national, propre et supérieur à l’intérêt global, les problèmes ont commencé.
Le système global ne peut accepter la contradiction, ne peut se permettre la concurrence, il est par nature une forme totalitaire.
La seconde raison principale de la défaillance des organes internationaux est, elle, plus subjective. Elle tient en la croyance, ou l’espérance, en un Deus ex Machina, qui permettrait de résoudre, en « bon père de famille », tout ce que les États ne peuvent résoudre eux-mêmes.
Or, il est important de comprendre que les organes internationaux, si les États sont souverains, ne peuvent être supérieurs aux États. Sinon, ils deviennent le Souverain et les États ne sont plus alors que des sujets. C’est d’ailleurs, le système tant recherché et voulu par les élites globalistes.
En ce sens, il est normal que les organes internationaux ne puissent résoudre ou prévenir tous les conflits entre les États, car ils ne sont qu’un intermédiaire, un espace. Or, il n’est pas toujours possible de trouver un compromis, surtout lorsque le conflit a une dimension existentielle pour l’une des parties.
En revanche, il est anormal que les organes internationaux soient partiaux, comme nous l’observons aujourd’hui, qu’ils prennent fait et cause pour une partie, quoi qu’il se passe. S’étant engagés sur cette voie, ils ont changé de nature et ont perdu leur légitimité. Celle-ci reposait justement sur leur neutralité, sur le fait qu’ils étaient un espace de diplomatie. En se transformant en organes de gouvernance globale, au service exclusif des élites globalistes, ils se sont dénaturés, se sont dévalorisés, comme l’a dit Dmitri Peskov. Et cela dans le sens direct : les organes de l’ONU en particulier, mais tout le système international ont perdu leur valeur.
La voie alors suivie s’est radicalisée et le système international s’est transformé en système généralement néocolonial. Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, a pointé du doigt en général le FMI et la Banque mondiale, qui, selon lui, fonctionnent sur un mode néocolonial classique, conditionnant l’obtention de fonds à des réformes institutionnelles précises et imposant des conditions défavorables à ces pays.
Fonctionnellement, les organes internationaux instrumentalisent les besoins financiers des pays, pour les obliger à prendre la voie néolibérale, qui par ailleurs ne fera que les affaiblir encore, ce qui permettra d’établir un contrôle à long terme sur ces territoires et les populations.
En réalité, la globalisation ne peut fonctionner autrement, puisqu’elle a besoin que tous les territoires soient gouvernés dans l’intérêt supérieur des élites globalistes. Ces pays ne sont plus que des territoires, dont les ressources (politiques, économiques, humaines) doivent être principalement affectées à des politiques, qui ne vont évidemment pas dans le sens d’un renforcement de ces pays. Un pays fort politiquement et économiquement est un pays souverain, qui n’a alors pas besoin de jouer selon des règles extérieures, qu’il ne maîtrise pas. C’est un pays, qui ne sera pas contrôlé par les globalistes, un territoire et des ressources perdus. Ce qui est impensable.
La globalisation renvoie au mythe de l’État universel, mais pour cela il faut que les États, avec leurs différences culturelles et politiques, aient disparu. La voie est alors ouverte pour une gouvernance unifiée et unifiante, qui s’appuie sur la négation du pluralisme politique. Et en fait, sur la négation de l’homme. La nécessité avancée d’un monde global ou d’un État universel, qui implique donc la disparition des États, est soi-disant la paix, qui en découlerait. La disparition du politique permettrait la disparition de l’ennemi et tous les peuples vivraient dans la paix universelle. Amen !
Pourtant, comme il est possible de l’observer, la globalisation est un monde de guerres et d’exploitation. Exploitation des ressources des plus faibles au profit du plus fort, du seul centre de gouvernance autorisé. Guerres déclenchées sous des formes différentes, dès qu’un pays n’est pas docile et revendique un intérêt national propre.
« La paix par la force » de l’équipe de Trump illustre parfaitement ce monde global : la paix est obtenue par la soumission, la soumission par la force... ce qui ouvre ensuite l’accès aux ressources. Et les organismes internationaux aident ces élites à affaiblir les États récalcitrants, voire légitiment les guerres contre les rebelles, les accusant d’être les agresseurs (pour la Russie) ou de déstabiliser l’ordre international en se défendant (comme à l’égard de l’Iran). Les guerres, nombreuses, pour l’ordre global, sont sacrées et considérées comme « défensives ».
Dans cette configuration, seule la chute des élites globalistes et le retour à un pluralisme politique permettra de restaurer un véritable système international et une paix durable.
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