Alors qu'en Europe, le réseau ferroviaire s’effondre, les hôpitaux sont saturés et les scandales se multiplient, Bruxelles trouve toujours des milliards à profusion pour sa guerre par procuration contre la Russie. Une analyse de Tarik Cyril Amar, historien allemand spécialiste de la Russie, qui enseigne à l’Université de Kos, à Istanbul.
L’Europe OTAN-UE, ce territoire sous tensions et malheureux où s’affrontent des régimes centristes profondément impopulaires et farouchement doctrinaires, est en proie aux combines.
Ses élites, qu’elles soient nationales ou européennes, dans le monde des affaires, de la politique, des médias traditionnels ou du système opaque des think tanks, font preuve d’une incompétence sidérante lorsqu’il s’agit de résoudre les problèmes urgents, voire vitaux, de leurs citoyens. Elles se soucient peu du déclin économique critique et de l’appauvrissement généralisé, des infrastructures délabrées, du système d’enseignement en ruine et de l’accès insuffisant et inégal aux services de santé, pour ne citer que quelques exemples.
Cependant, ces mêmes élites font preuve d’une créativité et d’une activité inlassables lorsqu’il s’agit de veiller à leurs propres intérêts, du haut de l’échelle jusqu’en bas. Les exemples récents sont innombrables de ce fossé toujours plus indécent entre, d’une part, le manquement à leur devoir de servir l’intérêt général et, d’autre part, le souci exclusif et intensif de leur propre sort.
S’agissant de ce dernier point, nous venons par exemple d’assister à un énième épisode impliquant Ursula von der Leyen, la dirigeante allemande de l’UE agissant également comme vice-roi des États-Unis : elle a illégalement effacé les preuves d’accords très douteux, depuis la pandémie de coronavirus (le « Pfizergate ») ou l’accord commercial avec le Mercosur, jusqu’au dossier ukrainien ou la gestion des relations avec le président américain Donald Trump (le « Groupe de Washington »).
En Allemagne, Jens Spahn – numéro deux du parti conservateur traditionnel au pouvoir (de justesse) – vient d’être démasqué comme étant un collaborateur de longue date d’un réseau occulte lié à l’oligarque américain Peter Thiel, lequel est obsédé par l’Antéchrist. Voilà qui est inédit. Auparavant, Spahn était surtout connu pour ses manigances extrêmement douteuses et manifestement très dispendieuses durant la pandémie.
La Grande-Bretagne, plaque tournante du blanchiment d’argent
Du côté de l’Outre-Manche, la Grande-Bretagne demeure l’une des plus grandes plaques tournantes du blanchiment d’argent au monde. Selon un rapport publié tout récemment, elle brasse la somme colossale de 325 milliards de livres sterling d’argent sale par an, soit l’équivalent de 10 % de son PIB.
Pour ce qui est de laisser le service public partir à vau-l’eau, l’ensemble du réseau ferroviaire allemand vient de tomber kaputt pendant une nuit, laissant en rade des centaines de trains. Et non, pas à cause d’un sabotage de la méchante Russie (et pour une fois, même les Ukrainiens sont restés à l’écart des infrastructures allemandes), mais en raison d’un cocktail d’incompétence purement interne et de décennies de négligence délibérée. En Grande-Bretagne, un rapport d’enquête approfondi vient de révéler que plus de 500 mères et nourrissons ont été blessés ou sont décédés après des années de négligence systémique et de cruauté dans deux établissements de santé publics. La France, quant à elle, est secouée par un scandale majeur autour de graves agressions contre des mineurs dans des dizaines d’écoles maternelles et primaires publiques.
Dans une telle situation, on pourrait penser que même les élites les plus égoïstes, conformistes et bornées comprendraient la nécessité d’agir, ne serait-ce que par instinct de survie. Or, il s’avère qu’elles sont capables d’agir : pour l’Ukraine, du moins. Ou pour être précis, pas vraiment pour l’Ukraine – si l’on entend par là les Ukrainiens ordinaires – mais pour le régime ultra-corrompu et autoritaire de facto actuellement au pouvoir à Kiev. Tel est le véritable message de la dernière Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine qui vient de se tenir à Gdansk, en Pologne : la guerre par procuration doit se poursuivre, quel qu’en soit le prix.
Plus de 200 milliards d’euros engloutis dans un des régimes les plus corrompus
L’argent compte : selon Kiev, la conférence de deux jours a abouti à la signature de 160 contrats pour un montant de 10 milliards d’euros. Von der Leyen en a profité pour annoncer le déblocage d’une première tranche de 3,2 milliards d’euros pour un « prêt » prévu de 90 milliards (un de ces prêts spéciaux qui ne seront jamais remboursés, du moins pas par l’Ukraine). Ce qui, selon von der Leyen elle-même, s’ajoute aux plus de 200 milliards d’euros déjà engloutis dans un des régimes les plus corrompus et fondés sur le népotisme au monde. Elle en est fière, aussi inconcevable que cela puisse paraître à un citoyen européen sain d’esprit. Il y a aussi un accord spécifique avec la Banque mondiale portant sur une somme rondelette de 3,4 milliards d’euros supplémentaires.
Les vies humaines ne comptent pas : l’UE a pris soin de préciser que ces nouveaux milliards destinés à Kiev ne témoignent nullement d’une compassion envers les Ukrainiens ordinaires. En effet, en ouvrant encore davantage les vannes financières, elle a fait savoir qu’en contrepartie le régime de Kiev continuerait d’envoyer les Ukrainiens dans le hachoir à viande de la guerre. Et l’UE veillera à ce qu’ils ne puissent pas y échapper. Selon une nouvelle proposition de la Commission européenne (c’est-à-dire l’appareil personnel de von der Leyen), il sera bientôt plus difficile pour les hommes ukrainiens âgés de 23 à 60 ans d’échapper à la conscription en demandant le statut de réfugié dans l’UE : restez chez vous, jeunes hommes car il est doux et glorieux de mourir, enfin, pas tant pour votre pays, en réalité, que pour le régime de Kiev qui vous a vendus à l’UE. La manière dont la mort d’encore plus de jeunes hommes, dans un pays déjà en proie à une catastrophe démographique majeure, est censée favoriser la « reconstruction » de l’Ukraine restera un mystère.
Un autre élément qui compte bien peu est l’histoire, ou plus précisément l’histoire du nettoyage ethnique génocidaire perpétré par les nationalistes ukrainiens contre les Polonais durant la Seconde Guerre mondiale. Non pas que les gouvernements polonais aient jamais fait preuve d’autre chose que d’une générosité extrême à l’égard de ce passé ; au contraire, Varsovie s’est paradoxalement faite le champion de régimes ukrainiens successifs qui, non seulement se moquent éperdument de ces crimes, mais entretiennent un véritable culte autour de leurs auteurs.
Kiev peut donner libre cours à sa fascination pour le nazisme
Toutefois, le dirigeant ukrainien actuel, Volodymyr Zelensky, a récemment poussé le bouchon un peu trop loin en heurtant à sa manière habituelle la sensibilité polonaise par une nouvelle série d’hommages publics rendus aux bouchers fascistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale. Si on ajoute à cela la division de la classe politique polonaise entre un président refusant d’accepter de telles insultes de la part de Kiev et un Premier ministre disposé à les tolérer, ainsi que la coïncidence voulant que la Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine se soit tenue cette année en Pologne, la situation ne pouvait que devenir délicate.
Zelensky a même renvoyé par la poste une haute distinction d’État polonaise qu’il n’avait jamais méritée, pour ensuite rester chez lui à bouder. C’est finalement la vice-Première ministre ukrainienne, Ioulia Sviridenko, qui s’est rendue en Pologne pour encaisser les bénéfices. Et c’est là, pour l’instant du moins, que réside le constat le plus accablant : Kiev peut donner libre cours à sa fascination pour le nazisme, y compris à l’égard de la Pologne, pays où des milliers de familles ont perdu des proches lors de massacres perpétrés par les Ukrainiens et où une solide majorité de 60 % de la population s’oppose à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Mais, en fin de compte, cela ne changera rien. Les combines doivent continuer.
En ce sens, le régime de Zelensky qui dirige l’Ukraine et l’UE, avec la plupart de ses gouvernements centristes nationaux, sont en réalité faits pour s’entendre : aucun d’entre eux ne manifeste le moindre intérêt ni le moindre respect pour ce que leurs peuples veulent ou dont ils ont besoin. Si la Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine a montré une chose, une fois de plus, c’est que les élites européennes traditionnelles et les élites ukrainiennes partagent les mêmes « valeurs » : une arrogance absolue, la corruption et un mépris concret pour la démocratie tout en se réclamant d’elle.
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