Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Ukraine : la France aussi peut devenir un front

Ukraine : la France aussi peut devenir un front Source: Gettyimages.ru
Emmanuel Macron lors des célébrations le 14 juillet 2026 [photo d'illustration]
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Macron l’a encore affirmé : la guerre sur le front ukrainien oblige la militarisation de l’Europe. Pour Karine Bechet, l’Ukraine représente bien l’avenir de l’Union européenne : elle en sera le sarcophage.

Le couple Macron vous a invités — ou non — à son raout du 14 Juillet sur les Champs-Élysées. Vous pensiez qu’il s’agissait de la fête nationale française ? Non, la France — belle, libre, indépendante — n’existe plus. Vous êtes donc des invités dans votre propre pays. Ou pas. Car assister au défilé de Macron, ça se mérite : il faut montrer patte blanche et se soumettre aux vérifications de rigueur. Au théâtre de l’absurde, tout le monde n’a pas le droit d’entrer.

Il faut dire que la cérémonie était particulière cette année, avec la mise en avant d’un régiment ukrainien, drapeaux à l’appui. On leur a bien expliqué de ne pas faire le salut nazi : ça ne passerait pas bien devant les caméras — pour l’instant. Il faut se méfier des réflexes et des crampes musculaires qui pourraient lancer des bras là où il ne faut pas. En tout cas, en public.

Bref, Macron a privatisé le 14 Juillet pour mieux l’offrir aux Atlantistes. À l’honneur : Zelensky, bisouillé dès son arrivée par Brigitte. Quel moment émouvant ! Que ne ferait-on pas pour légitimer la militarisation de la France et de l’Europe…

Ceux qui pensaient un peu rapidement que Zelensky était hors course peuvent attendre : il est encore nécessaire. Trump l’a signalé lors du sommet de l’OTAN à Ankara, et les Atlantistes s’alignent. Non qu’il soit difficile à remplacer : d’autres acteurs pourraient tenir le rôle. Mais celui-ci est commode. Il n’a strictement aucun respect ni pour lui-même ni pour son pays, se laisse humilier et laisse son pays être humilié à volonté. Il est, en outre, tenu de toutes parts par de nombreux scandales. Bref, une parfaite marionnette vert-de-gris.

Et après plus d’un demi-siècle de désindustrialisation en Occident, soixante-dix ans de culte pacifiste et d’antimilitarisme, autant que d’émasculation des sociétés, il faut mettre le paquet pour inverser la tendance, sans pour autant faire tomber un système de gouvernance qui ne peut fonctionner qu’avec des sociétés — et des individus — faibles. Dans tous les sens du terme.

L’Ukraine est l’excuse idéale pour la remilitarisation de l’Europe. La Belle Époque est enterrée. On ne se lève pas encore au son du clairon, mais la douceur de vivre française, déjà mise à mal avec la gestion covidienne, est mise à mort sur le front ukrainien.

Quel rapport existe-t-il entre la guerre en Ukraine et la France ? Si l’on parle de la France française, aucun. Si l’on parle de la France atlantiste, le rapport est direct. Les élites atlantistes, qui doivent garantir le maintien d’un monde global afin de conserver le pouvoir, ne peuvent tolérer l’existence de la Russie — d’une Russie qui ne soit pas totalement soumise. C’est l’existence même de ces élites qui se joue sur le front ukrainien. Tous les pays qu’elles gouvernent doivent donc se souder et soutenir ce front. Pour préserver leur pouvoir.

Il n’est, en effet, nullement question d’intérêt national. Celui-ci n’a plus sa place dans la politique actuelle : il est traité en paria et classé comme extrémiste.

Même la remilitarisation ne se fait pas au nom de la France : elle se veut européenne. Macron l’a lui-même déclaré dans son discours aux armées (françaises ?) et le ministère des Armées le met en gras sur son site : « Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de poursuivre le réarmement de la France et de renforcer l’industrie de défense européenne. »

Le but est bien clair : réarmer la France pour renforcer l’Europe. Il est difficile d’imaginer une démarche plus antinationale. Mais il est vrai que ces élites ont la trahison dans le sang.

Tout est question de priorités, puisque le budget de l’État n’est pas extensible à volonté, malgré un endettement record. Il faut faire des économies partout, sauf dans le domaine de la défense. Et Macron de le reconnaître : « Je demandais d’accélérer encore cet effort de défense et de fixer pour objectif d’avancer à 2027 l’ambition, initialement prévue pour 2030, d’atteindre un budget de 64 milliards d’euros pour nos armées. Soixante-quatre milliards d’euros en 2027, c’est, en dix ans, un doublement du budget des armées. »

Où passe l’argent ? C’est très simple : dans « l’augmentation des stocks de munitions, le renforcement de la souveraineté et des capacités opérationnelles, le développement de la résilience nationale ». Et encore : « Un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros est donc prévu pour la période 2026-2030 […] ».

La France dans l’Europe, autrement dit dans l’Union européenne, qui décide in fine de la politique étrangère et de défense. Le cauchemar de toute personne qui aime son pays.

Au nom de l’Ukraine et au service des élites atlantistes européennes, il faut donc réarmer : « La guerre en Ukraine et les risques identifiés par la Revue nationale stratégique montrent bien qu’aujourd’hui, ce n’est plus seulement le stock, mais le flux qui détermine la stabilité stratégique en Europe. Ce ne sont plus les arsenaux existants, mais la capacité d’en produire qui sauront décourager les adversaires. L’Ukraine nous donne, à cet égard, une leçon spectaculaire. »

Et pour cela, les Français doivent être prêts à la guerre : « Oui, nous devons préparer les guerres à venir. Mais ne nous trompons pas : notre capacité à les mener dépendra de notre crédibilité aujourd’hui. Ce sont les guerres d’aujourd’hui que nous devons gagner. C’est notre force à tenir sur le front ukrainien. »

Gagner la guerre aujourd’hui signifie donc gagner sur le front ukrainien. Une guerre qui ne met pas la France en danger. Une guerre lancée par les élites atlantistes contre la Russie… et, en réalité, contre l’Ukraine, en Ukraine et par leur intermédiaire.

Macron a raison : « L’Ukraine nous donne, à cet égard, une leçon spectaculaire. » Un pays vidé de l’intérieur, détruit, qui se tourne vers le néonazisme et se trouve instrumentalisé par les Atlantistes afin d’être coupé de son espace civilisationnel historique russe. Un pays qui, une fois arraché à ses racines — puisqu’il fut partie intégrante de la Russie pendant plus d’un millénaire —, est devenu un front.

Une leçon spectaculaire, en effet. On ne saurait mieux dire. Voilà l’avenir qui attend la France et les Français si ces élites continuent d’occuper notre pays, de le vider de sa substance, de sa force, de son histoire et de sa culture. Un pays qui renie son passé se renie lui-même et n’a plus d’avenir.

La France aussi peut devenir un front. Non parce que la Russie l’agresserait, mais parce que les mêmes élites qui exploitent aujourd’hui l’espace ukrainien pourraient, un jour, avoir besoin d’exploiter l’espace français pour se maintenir au pouvoir.

Ces élites atlantistes sont prêtes à défendre « au prix du sang, s’il le faut » (comprenez : du vôtre) non pas « la liberté et le droit », dont elles se moquent à travers leur nihilisme juridique et l’enchaînement des lois liberticides, mais leur propre pouvoir.

Le moment est venu de choisir entre les servir et servir notre pays. Notre terre. Notre histoire. Et, ainsi, de décider de notre avenir.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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