Près d'un an après la rencontre de Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage les relations russo-américaines semblent être toujours dépassées par le conflit en Ukraine. Le chroniqueur du journal Moskovsky Komsomolets, Mikhaïl Rostovsky, dresse le constat d’un statu quo persistant.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a rencontré son homologue américain, Marco Rubio. Ce qui s’est réellement passé d’important — ou ne s’est pas passé — lors de cet entretien, nous l’ignorons. Et c’est une bonne chose.
Comme le secrétaire d’État américain l’a lui-même indiqué aux journalistes à la veille de sa réunion avec le ministre russe, tout ce qui relève du secret diplomatique ne doit pas être immédiatement porté à la connaissance du grand public : « Une grande partie de ce dont je vais discuter avec lui, je ne suis pas prêt à l’exposer dans un communiqué de presse, car cela compromettrait notre capacité à parvenir à une entente mutuelle. »
Cependant, après avoir laissé entendre qu’il n’avait, pour l’heure, aucune intention de communiquer quoi que ce soit de concret, le chef de la diplomatie américaine s’est soudainement rappelé les fondamentaux. Il a formulé clairement ce qui, ces dernières années en Occident, semblait passé de mode : « Nous sommes les deux pays qui possèdent le plus grand nombre d’armes nucléaires sur la planète. Ne pas nous parler serait imprudent et irresponsable. Nous devons entretenir des relations avec le gouvernement russe, même si nous avons des points de désaccord. »
Le principal de ces « points de désaccord » est, bien entendu, le conflit en Ukraine. Celui-ci avait déjà été discuté en détail lors de l’entretien des dirigeants russe et américain à Anchorage et, au lendemain de ce sommet, il avait commencé à paraître un peu moins insoluble.
Près d’un an s’est pourtant écoulé depuis cette rencontre. La situation est toujours au point mort. Cela m’amène à formuler une conclusion évidente. Banale, même ; si évidente qu’il est presque embarrassant de la prononcer à voix haute.
C’est une excellente chose que Marco Rubio se soit rappelé sur quoi reposent les principes fondamentaux des relations entre la Russie et les États-Unis. Revenir à ces bases est toujours utile et nécessaire. Ce retour ne peut toutefois être sélectif. Il faut se souvenir de tout.
Voici en quoi consiste la base des bases que les hauts responsables américains laissent, pour l’instant, dans l’ombre : lorsqu’un accord est conclu, il doit être respecté. Lorsqu’un accord est conclu mais reste lettre morte, il perd toute valeur.
Cette situation finit, à son tour, par discréditer le processus de négociation diplomatique avec une partie qui promet beaucoup et tient peu de ses engagements.
Cela paraît, comme je l’ai dit, terriblement banal. Il existe pourtant des situations où l’on ne peut tout simplement pas se passer de banalité.
Au cœur de l’Europe, un conflit armé de grande envergure fait rage depuis déjà plusieurs années. Sa cause profonde réside, une fois encore, dans le fait que l’Occident avait d’abord promis à la Russie que l’OTAN ne s’étendrait pas vers l’est, avant de se comporter comme si cet engagement n’avait jamais existé.
Je vais encore dire une chose banale : une telle manœuvre diplomatique repose sur la tromperie. Or la tromperie a toujours un prix politique. Elle entraîne, par exemple, la disparition d’un élément indispensable à toute relation : la confiance.
Là où la confiance disparaît, chacun finit par agir sans tenir compte de son partenaire. Il devient alors possible, et même nécessaire, de s’appuyer avant tout sur ses propres moyens et sur ses propres capacités.
« Il est évident que la guerre en Ukraine a largement empêché la Russie et les États-Unis de trouver un terrain d’entente sur d’autres sujets », a déclaré Marco Rubio à la veille de sa rencontre avec Sergueï Lavrov.
C’est exact. Mais il ne suffit pas d’évoquer les conséquences du conflit. Il faut aussi parler de ses causes.
Puisque le secrétaire d’État américain a soudain commencé à se rappeler les bases, il doit remonter le fil jusqu’au bout. Faute de quoi, toutes ces paroles justes et raisonnables ne resteront que des mots en l’air. Un bruit de fond supplémentaire.
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