Fidèles aux préceptes de Terminator 

Fidèles aux préceptes de Terminator 
Fidèles aux préceptes de Terminator [photo d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Le rédacteur en chef de la revue La Russie dans les affaires mondiales, Fiodor Loukianov, se penche sur le rôle de l’intelligence artificielle dans le contexte sociopolitique d’aujourd’hui.

Le 3 juillet 1991, Terminator 2 : Le Jugement dernier, un film de James Cameron, sortait sur les écrans du monde entier. L’intelligence artificielle (IA) du futur (fin des années 2020) envoie un robot tueur assassiner, quand il est encore enfant, l’homme qui prendra plus tard la tête de la résistance humaine à la domination des machines. Le succès de la suite a alors surpassé celui du premier Terminator, tourné sept ans plus tôt. Elle est devenue l’un des films de science-fiction les plus célèbres de tous les temps.

Un mois et demi après la première tant médiatisée, l’histoire de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) prenait fin. La tentative de révolution de palais menée en août pour endiguer l’érosion rapide du système soviétique n’avait fait que l’achever. Quatre mois plus tard, l’Union soviétique cessait officiellement d’exister.

Trente-cinq ans après, les conséquences de la dissolution de ce vaste pays se font toujours sentir avec acuité. La confrontation violente autour de l’Ukraine est le fruit d’une délimitation territoriale contestable (en 1991, on a préféré ne pas aborder les questions controversées, sans que celles-ci disparaissent pour autant) et de la volonté des adversaires de l’URSS de tirer le maximum d’avantages géopolitiques des événements.

Aujourd’hui, l’intention de Moscou de rectifier ce qui s’est produit à l’époque s’est transformée, de tentative de révision partielle du passé qu’elle était, en conflit sur l’avenir. Cela concerne cependant davantage la Russie et ses voisins immédiats que le monde entier.

Ce monde (et avant tout les deux puissances les plus influentes, à savoir les États-Unis et la Chine) considère que le problème majeur pour l’avenir n’est autre que celui qui constitue le thème central de Terminator : le rôle de l’IA et les dangers qui en découlent. Les guerres classiques – pour le pouvoir et le prestige – s’entremêlent à un affrontement technologique d’un niveau tel qu’il pose la question de la domination, non plus seulement d’un État sur un autre (cela va de soi), mais de la machine sur l’homme.

D’ailleurs, l’intrigue de Terminator, conçue pendant la guerre froide, sous-entend justement semblable convergence des menaces. Une « superintelligence » malveillante (pour reprendre la nouvelle formule du président américain Donald Trump), mise en œuvre par un cerveau humain tout aussi malveillant, cherche à provoquer un échange de frappes nucléaires entre Moscou et Washington – une perspective qui semblait assez lointaine en 1997 – afin d’assurer l’extinction de l’humanité.

Il y a 35 ans, des sentiments ambivalents tourmentaient les habitants de la superpuissance disparue. D’un côté, ils espéraient un nouveau départ après une agonie épuisante ; de l’autre, ils s’attendaient à la renaissance du grand État sous une forme nouvelle. La seconde attente s’est dissipée lentement. Les contours du grand pays sont restés longtemps dans la conscience de ses habitants, formant un étrange mélange de nostalgie et de rejet. Une douloureuse quête d’identité se poursuit, alors même que la perspective de revenir à une entité commune a disparu. Pourtant, on ne sait pas encore ce qu’il adviendra de ce territoire : qui y demeurera ou y apparaîtra, et sous quelle forme.

Selon le scénario de James Cameron, en 2029, les humains et les machines s’affrontent dans une guerre acharnée sur Terre. À en croire l’alarmisme des technoféodaux d’aujourd’hui, qui font craindre une victoire de l’IA d’ici à peine un an, la réalité suit le calendrier tracé par le cinéma (même si l’on a souvent l’impression qu’il s’agit, comme on le répète, d’un stratagème du lobbying de marché). Mais jusque dans le domaine des menaces habituelles, l’année 2029 est sur toutes les lèvres : les responsables politiques européens ont presque officiellement fixé à ce terme (ou, au plus tard, à 2030) un affrontement direct avec la Russie. Moscou, affirme-t-on, passerait à l’attaque contre l’Europe, et d’ici là, il faut s’être armé comme il se doit. On ignore quels éléments justifient exactement ce délai, mais les coïncidences temporelles suivent une certaine logique.

La dynamique des changements et des multiples évolutions laisse supposer qu’à l’approche de la troisième décennie du siècle, nous pourrions assister à un passage à une autre réalité sociopolitique.

Le personnage incarné par Arnold Schwarzenegger, grâce auquel les humains ont pu résister dans Terminator 2, s’autodétruit volontairement dans du métal en fusion. Rien ne devait en subsister, pas même son propre processeur, susceptible de servir à créer une IA meurtrière. Trente-cinq ans plus tard, à l’automne 2026, la société américaine de robotique Figure AI a organisé une démonstration publique et configuré ses modèles obsolètes pour qu’ils se jettent dans un four de refonte. Non dans l’intérêt de l’humanité, à vrai dire, mais pour empêcher ses concurrents d’accéder à ses solutions technologiques.

Terminator 2 : Le Jugement dernier se termine par une voix off de l’héroïne principale : « Un futur inconnu se profile vers nous. Pour la première fois, j’y fais face avec espoir. Parce que si une machine, un Terminator, peut apprendre la valeur de la vie humaine, peut-être que nous le pouvons aussi. » Espérons que nous le pourrons.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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